Sources : "Catalunya i la Guerra Gran". Fabregas Roig-Edition Tarragona 2000.


Le 17 février 1795, la Convention Nationale refuse au Q.G. de l'Armée des Pyrénées-Orientales de pénétrer au delà de la rivière Fluviá pour affronter les troupes espagnoles dans la capitale catalane de Barcelona.
Les 2 armées se font face le long des berges inondées d'el Fluviá qui délimitent les 2 camps.
La division de Pierre Augereau qui occupe depuis le 08 mai 1794, les régions montagneuses du haut Vallespir et du Capcir.
Ils ont pris la décision de repousser les troupes des somatents devenues trop nombreuses et puissantes.
Ils marchent en direction des villages de Bellver et de la Seu d'Urgell, en remontant la rivière du Sègre sur la route des charrettes en direction de Lérida.
Le Sègre est un cours d'eau qui prend naissance dans les gorges françaises du bourg de Llo à 1 450 m d'altitude où vivent en 1794, 318 habitants.
Après avoir coulé le long des contreforts du massif du Puigmal sur 20 km, le Sègre en furie chargé des eaux du glacier et des neiges traverse la frontière pour se diriger 245 km plus bas à partir du bourg espagnol de Mequinenza et se jeter au confluent de la rivière espagnole el Ebre.
Les troupes des somatents sont portées par un élan de revendication d'identité catalane qui luttent contre l'envahisseur français.
Ils renouent avec la victoire après les défaites depuis l'occupation française en Catalogne.
La propagande de recrutement stimule l'honneur à l'appartenance catalane qui éprouve un sentiment anti-français et une volonté à conserver leur croyance et leur monarchie.
L'enrôlement pour mobiliser les somatents se fait par les commissions locales où siègent les notables, les religieux et les militaires.
Les commissions fonctionnent bien.
  • Le Primer Terç de Gerona et son commandant José Bodet.
  • Le Terç de Olot-Camprodon, de Banyoles.
  • Le Terç de Besalú et son commandant Joaquin Nouvilas enrôlent les somatents de Ripoll.
Les témoignages décrivent les miquelets comme des mercenaires de montagne mobilisés par les écus d'or espagnols souvent confondus aux somatents du vicaire Marti Cuffi, venus se battre au col de Malren.
Les somatents sont des paysans non payés qui défendent dès le tintement des cloches leur village et préviennent, renseignent par un réseau silencieux les miquelets espagnols sur les déplacements des militaires français.
Les miquelets sont des soldats bagarreurs, des contrebandiers, des bergers qui ont la passion des armes, le gout de l'audace, de la violence et endurent les conditions climatiques extrêmes.
Ils sont efficaces par leurs connaissances
Ils conduisent les convois de mulets et sont familiarisés aux sentiers de montagne.
Les miquelets parlent catalan, répugnent à quitter leurs foyers et acceptent d'être incorporer dans les deux armées sur la frontière.
Ils changent alternativement de camp suivant les circonstances et le traitement que leur offre les monastères du Ripoll et d'Urgell.
La première tache des miquelets est de reconquérir les zones de montagne et les bourgs qu'occupent les français et qu'ils connaissent bien.
Les contingents français protègent les bourgs des hauts plateaux du Capcir et du Cadi avec l'appui des somatents.
Le 18 février 1795, l'attaque de la Seu d'Urgell sur le versant enneigé et glacé de la serra del Cadi au dessus du bourg d'Estana doit reprendre le village de Camprodon est décidée.
Le commandant Joaquim Oquendo âgé de 56 ans, gouverneur d'Urgell dirige les combats des somatents.
5 colonnes de 800 fantassins français partent de nuit pour atteindre le bourg de Bezach.
Elles s'avancent sur les sentiers des miquelets en embuscade dans les forêts denses et les ravins dangereux la nuit.
Les 2 détachements français sont surpris dans les gorges étroites des bourgs de Bar et d'Estana où ils sont en cantonnement dans la forêt au dessus du village la région d'Alt Urgell, un ensemble de petites vallées de pâturages et des terres fertiles le long du Segre et de son affluent le ruisseau Valira.
Les somatents maitres du terrain engagent un combat de 2 heures qui oblige les français à se replier vers le bourg de Montella.
Les somatents sont certains à ce moment là de leur victoire.
Ils évitent le combat de nuit où le froid devient plus âpre et rend les déplacements plus risqués avec cette neige gelée.
Les habits des français ne sont pas adaptés au froid pour combattre dans les forets et les ravins profonds.
Ils laissent les somatents s'installer sans trop de résistance progressivement dans le bourg de Bar.
Au cours de la soirée les fantassins français apprennent par des éclaireurs, la défaite de la colonne au bourg de Bezach.
Les militaires lèvent le campement dans la crainte d'un encerclement avant l'aube.
Ils évacuent le bourg pendant la nuit pour rejoindre le village de Bellver.
La derrière colonne s'est fixée comme objectif d'attaquer le bourg d'Aristot est obligée à traverser l'unique pont sur le Sègre au lieu dit du Pont de Bar.
Ce fameux pont est un traquenard.
Les somatents tendent un piège aux troupes françaises sur la seule route de montagne praticable.
A cet endroit le chemin muletier suit la rive droite du Sègre pour former un angle contre les profonds défilés du ravin à Martillet.
Les français ne sont pas étonnés de se faire attaquer au Pont de Bar car la passerelle de bois.
Les fantassins se rendent sur la rive gauche, une zone réputée maudite par ces échauffourées et ces assauts.
Les 2 camps s'affrontent pendant 5 heures avec des pertes considérables sans qu'aucune des troupes ne prennent le dessus.
Les fantassins français décident de traverser la rivière à la nage, une folie à cause des eaux profondes et surtout glacés qui arrivent des neiges fondues.
A cloche pied, sur les énormes rochers, ils progressent pour traverser la rivière.
Les somatents sont pris à revers sur l'arrière de leur colonne tandis que sur le front les combats continuent.
Vite, ils s'aperçoivent que les attaques françaises sont rigoureuses aux deux extrémités et qu'ils vont être couper en deux.
Les somatents abandonnent et se retirent du combat pour se replier au bourg d'Arseguel laissant traverser le pont de Bar aux fantassins français qui se rendent au village d'Aristot.
Le lendemain, le retrait à l'aube de l'armée française ne valait pas ce terrible meurtrier combat pour une possession de ravins dangereux, de pics enneigés éloignés sans aucun centre d'intérêt.
Cette bataille est un désastre, un carnage inutile, un nombre important de morts dans les deux camps pour seulement une journée d'occupation française dans le bourg d'Aristot.