Sources : Bibliothèque Palau de Peralada-manuscrit N° 91.


Les victoires des Armées du Nord, du Rhin et des Pyrénées-Orientales commencent à légitimer la Convention Nationale.
Le 1er traité avec le roi de Prusse reconnaît la république comme nation.
Le général Lazare Hoche sur les instructions de la Convention Nationale promet le pardon et la fin de la guerre aux Vendéens suite aux accords du traité de la Jaunaye le 17 février 1795.
Le Comité de Salut Public charge Jean-François Bourgoing, ancien ambassadeur d'Espagne et ministre plénipotentiaire de Louis XVI à la cour de Madrid d'écrire des courriers à Jose Ocaritz et à Domingo Iriarte pour engager des négociations.
Diplomate, traducteur issu de famille noble, Jean-François Bourgoing quitte Paris à 53 ans pour fuir la terreur et se retire sur ses terres natales de Nevers.
Il frôle la condamnation à mort pour avoir retardé le déclanchement de la guerre entre la France et l'Espagne sur les conseils Pedro Bolea, comte d'Aranda.
Après avoir demandé à la famille royale de s'allier à la République française, il est sauvé par une médiation de Manuel Godoy.
Il est expulsé d'Espagne le 19 février 1793 et n'a pas été remplacé.
Rappelé début 1795, Jean-François Bourgoing écrit à son ami José Ocaritz qui était ambassadeur espagnol à Paris pendant le procès de Louis XVI pour se rapprocher de lui.
En 1793, José Ocaritz reçoit les instructions écrites de Manuel Godoy pour interférer officiellement à la tribune de la Convention Nationale afin d'obtenir la grâce du roi et influencer le vote des girondins par l'intermédiaire de son ami, le ministre des affaires étrangères Pierre-Henri Lebrun-Tondu.
A la rupture des relations entre la France et l'Espagne en 1793, José Ocaritz part comme diplomate à Copenhague.
En 1795, le conventionnel Jean Lambert-Tallien approche José Ocaritz et lui demande de renouer le dialogue avec son ami Domingo Iriarte gouverneur à Varsovie en Pologne.
Domingo Iriarte chargé des pouvoirs de négociation est introuvable.
Carlos IV et la cour espagnole ignorent où il s'est retiré après le désastre de la république de Pologne.
L'ambassadeur de Prusse Sandoz-Rollin propose ses services pour remplacer Domingo Iriarte durant son absence.
Les coursiers cherchent Domingo Iriarte à Vienne, à Berlin.
C'est à Venise qu'il s'est réfugié.
Cette longue recherche est la raison du retard pris sur les négociations.
Jean-François Bourgoing se sert du prétexte d'échange des 1 200 prisonniers du Duc de Crillon pour renouer les négociations avec les instructions suivantes du Comité du Salut Public.
  1. Pas de signature d'armistice pour le conflit.
  2. Connaître les conditions de l'Espagne avant de dicter les nôtres.
  3. Si l'Espagne revient sur le sujet des enfants de Louis XVI. Ne rien entendre, faire la sourde oreille.
  4. Rappeler les indemnités suivantes :
  • L'armement fait à la France en 1790 pour la protection de l'Espagne.
  • Les 13 vaisseaux coulés à Toulon avec la participation de l'Espagne.
  • L'intégration de la possession espagnole de l'ile Saint Domingue.
  • Les instructions appâts que sont la reprise de Gibraltar aux Anglais et l'apport du Portugal à l'Espagne.

  • Aucun négociateur espagnol n'est au rendez-vous.
    Jean-François Bourgoing s'en retourne après avoir écrit une lettre à José Ocaritz remise par Pierre Rafellis-Roquesante au général en chef de la Catalogne Jose Urrutia qui en prend lecture et la transmet au roi.
    Le 4 floréal An III, José Ocaritz écrit une 4éme lettre à Jean-François Bourgoing expliquant que Carlos IV ne fléchit pas sur la restitution des enfants de Louis XVI et que l'Espagne veut donner au dauphin le titre de roi d'Aquitaine.
    Cette lettre datée du 23 avril 1795 fait l'effet d'une catastrophe au sein du Comité Salut Public.
    L'irritabilité du gouvernement à rendre les enfants du Temple afin d'établir la royauté avec le titre de roi d'Aquitaine créer un choc.
    Il dissimule cette information subversive en France, où de nombreux citoyens imaginent que les enfants vivants au Temple seront les prochains gouverneurs de la révolution.
    Depuis les détails des courriers de Domingo Simonin, la famille royale n'a jamais varié ses positions.
    Le Comité du Salut Public veut sortir rapidement de cette complication et demande de rompre les relations entreprises par Jean-François Bourgoing et l'Espagne.
    Jean-François Bourgoing informe José Ocaritz qu'il ne peut plus lui écrire car il se retire sur ses terres de Nevers.
    Faut-il se taire ou mourir ?
    Les négociations de paix mettent en cause la restitution des enfants et ils deviennent une angoisse pour Manuel De Godoy car pour la 8 fois les entretiens sont interrompus et ne sont pas prêtes à se terminer.
    Le 21 prairial An III, se présente un 3ème négociateur, le basque Michel Arcangues, marquis d'Iranda né en 1719 à Bayonne.
    Il arrive à Hernani, bourg espagnol basque proche de San Sebastiàn occupé par l'armée française.
    Le marquis d'Iranda a quitté Guipúzcoa au pays Basque depuis 40 ans.
    Il vit aisément à Madrid et a reçu les recommandations du ministre Manuel Godoy.
    Il fait à 76 ans ce long trajet de 600 km pour se rendre à Bayonne afin de retrouver les 2 conventionnels Guillaume Chaudron-Rousseau et Augustin-Jean d'Aspe-Meilhan.
    Augustin d'Aspe-Meilhan possède les pleins pouvoirs de négociation et maitrise la langue basque.
    Il invite Michel Arcangues, marquis d'Iranda et le général Bon-Adrien Moncey à se rendre au QG à Urtubie.
    La négociation porte sur les prisonniers du Temple, les émigrés et les prêtres.
    Michel Arcangues, marquis d'Iranda confirme les pourparlers avec Domingo Iriarte.
    Le marquis d'Iranda insiste à plusieurs reprises :
    " [...] Carlos IV ne veut pas abandonnés les 2 malheureux prisonniers du Temple et que l'Espagne peut signer la paix en 24 heures,
    ainsi que l'accord secret si la remise des enfants a lieu par le Comité de Salut Public [...]

    Le marquis Iranda se lève et quitte la salle.
    Augustin Meilhan qui se présente avec les pleins pouvoirs de négociateur, donne comme unique réponse que :" seul le Comité du Salut Public détient la solution.
    Le 30 prairial An III, le Comité de Salut Public gagne du temps sachant que l'enfant du Temple est mourant et envoi comme réponse :
    " [...] La négociation ne peut pas être signée au pied des Pyrénées mais à Madrid [...]"
    La France en position de force refuse catégoriquement.
    La Convention Nationale redoute de voir grandir le prestige du jeune dauphin briser la jeune république par le ralliement autour de lui des royalistes.
    Un seul mot d'ordre : le dauphin Louis XVII doit mourir.
    Qui sont ces 15 hommes qui composent le Comité du Salut Public aux moments des négociations avec le roi Carlos IV ?
    CAMBACERES Jean-Jacques1753-1824AUBRY François1749-1811
    TALLIEN Jean-Lambert1757-1820VERNIER Théodore1731-1818
    TREILHARD Jean-Baptiste1742-1810DEFERMON Jacques-Joseph1752-1831
    RABAUT POMMIER Jean-Paul1743-1808DOULCET Louis-Gustave1764-1853
    MAREC Pierre 1759-1828BLAD Claude-Antoine1764-1802
    GAMON François-Joseph1767-1832LARIVIERE Henry1761-1838
    BOISSY d'ANGLAS François1756-1826DEBRY Jean-Antoine1760-1834
    LESAGE Denis Toussaint 1758-1796
    Les royaumes d'Angleterre et d'Autriche sont satisfaits de voir que la paix à avorter.
    La situation de paix est bloquée.
    La guerre entre les 2 nations reprend, il n'est pas question que la Convention Nationale fasse de Louis XVII, le futur roi d'Aquitaine.
    L'Armée des Pyrénées-Orientales souffre de manque de vivres, de souliers et de moyens de transports.
    Pierre Delbrel est épuisé.
    Jean Pelet de la Lozère arrive pour le remplacer.
    Ce nouveau conventionnel est absent lors du vote au procès de Louis XVI, par contre il est le principal adversaire de la condamnation à mort de Maximilien Robespierre lors du 9 thermidor de l'An II.