Sources : "Paris et son administration 1800-1830." Jean Tulard.-édition Paris 2003.

Les rumeurs et les angoisses ne sont pas tues après la fermeture du club jacobin.
A l'intérieur de cette république bourgeoise débute une épuration par le règne de la terreur blanche qui consiste à la déportation hors de France, en Guyane ou dans les iles normandes.
Des représentants en mission et des généraux en poste à l'Ouest sont poursuivis, emprisonnés mais peu sont exécutés.
Louis Turreau, le pourvoyeur des colonnes infernales est enfermé.
La punition des tribunaux n'est plus confiée aux politiques mais aux militaires qui en mémoire aux victoires protègent les généraux criminels.
Un curieux mélange de crimes politiques et de droits communs se réalisent après l'abolition du Maximum et met les membres de la Convention Nationale condamnés à réussir car la crainte de sa disparition laisse la place au retour de l'ancien régime.
La France est dirigée par 13 comités nationaux de lassitude, de découragement qui affaiblissent dangereusement les affaires… Un groupe qui forment 13 gouvernements où le Comité de Salut Public conserve à peine les pouvoirs pour continuer la guerre.
Toutes les opérations et les délibérations sont retardés par les réunions d'autres comités qui approuvent les mesures… des réunions qui sont des pertes de temps avec des arrêtés contradictoires et incohérents, pourtant naissent des fabuleux décrets, celui du 21 février 1795 établissant la séparation des Eglises et l'Etat, reconnait la liberté des cultes, proclame la réouverture des églises, sans omettre celle du 07 ventôse An III, votant la loi qui organise l'enseignement primaire et les écoles centrales secondaires dans chaque chef-lieu départemental.
La politique conservatrice douteuse de la Convention Nationale s'autodétruit par manque de concertation et de division entre les membres républicains des comités qui pensent qu'à la vengeance et aux arrestations.
Ses ennemis royalistes se nourrissent de nouveaux espoirs, ils trament la disparition de la Convention Nationale.
L'Angleterre est la plaque tournante des insurrections sur le continent elle alimente un réseau d'espions royalistes .
Le duc de Toscane Ferdinand III casse la coalition des alliés et ratifie le 25 pluviôse An III, le traité d'amitié et de paix.
Une couche sociale de nouveaux riches est née et domine, ceux sont les parvenus.
Leur fortune est entièrement acquisse par la spéculation et non par le travail depuis l'abolition du Maximum et le rétablissement du commerce des grains le 04 nivôse An III- 24 décembre 1794-.
Ils font fortune sur les fournitures de guerre, deviennent acheteurs de biens nationaux, profiteurs du chômage.
Ces spéculateurs tranchent avec la misère d'un peuple en guerre qui crie famine à la hausse des prix, des denrées et du pain durant cet rude hiver de l'An III.
Paris a faim.
La famine pousse aux manifestations quotidiennes désordonnées de la population pour réclamer du pain et la mise en vigueur de la constitution de 1793 dès le début de germinal An III.-
Ceux sont des émeutes de la faim et du désespoir.
L’émeute, l’action, la violence retiennent l’histoire avec la Convention Nationale envahie, la tête au bout d’une pique du représentant Féraud, les vitrines brisées, les marchandises pillées.
Le déroulement de l’émeute, les conditions survenues de l'ampleur de la violence, des pillages réduit l’homme à des passions.
Faut-il occulter l’événement pour en dévoiler le sens du déroulement de l’émeute ?
Il faut prendre en compte la situation économique. L’expression du désespoir des affamés en colère.
L'aspect des émeutiers de germinal est provoqué par la politique économique, sociale des thermidoriens surtout par la disette et le prix cher du pain.
La situation économique comprise comme source d’émeute si l’on y entend la colère, si les aspects économiques étaient réinscrits dans leur dimension sociale.
Les inégalités croissantes entre les profiteurs et les affamés, entre la jeunesse dorée et la misère du peuple.
2 systèmes d’approvisionnement parallèles du pain subsistent :
  • Un marché libre où les prix s’envolent abondamment fourni.
  • Un marché démuni contrôlé, taxé sur la population.

En l’an III, la douleur n’est pas seulement d'avoir du pain mais sur le marché libre de voir les étals garnis.
La colère naît du manque mais surtout du sentiment que ce manque n’est pas partagé par tous.
Les émeutiers de l’An III ont le sentiment d’avoir bien mérité de la patrie pour avoir consenti aux sacrifices.
L’émeute naît de l’envie et de la rancœur.
En floréal An III, la ration de pain est tombée à 2 onces, l'indemnité journalière parlementaire est portée à 84 francs.
L’émeute dénonce l’égoïsme.
L’agression de l’émeute survient dans un contexte où le peuple est harcelé, agressé par une police aux ordres des dominants, humilié par l’insulte.
La violence de l’émeute retourne à la violence subie.
En avril 1794, l’agression policière est partout contre les Jacobins et contre ceux soupçonnés de l’avoir été.
Le 12 germinal An II, jour de l’émeute, la section des Quinze-Vingt du faubourg Saint-Antoine se plaint à la barre de la Convention Nationale contre les incarcérations qui continuent.
Dans l’émeute, le groupe se reconstruit en s’opposant à une extériorité (la police, les possesseurs, le gouvernement) mais il se reconstruit en interne par des éléments qui le renforce.
Au printemps 1794, la violence de la rupture des solidarités est partout : chacun dénonce pour ne pas mourir de faim. La trahison et l’abandon naissent au sein du groupe.
Depuis le 9 thermidor an II -27 juillet 1794, c’est à la destruction progressive des institutions et des usages de la terreur montagnarde que s’applique la Convention Nationale.
En l’an III l’émeute se porte à la Convention Nationale et la revendication est claire, fortement politique "du pain et la Constitution de 1793".
La violence, l’émeute, n’est pas un désir.
C’est l’instauration d’un vrai dialogue avec les représentants.
Les demandes du peuple n’ont aucune chance d’aboutir en passant par la voie parlementaire, légale, politique.
L’effacement de l’humanité n’est pas forcément là où l’on croit.
Les pauvres mangent des bouillies de colza et de navet. Un bol de soupe se vend 50 sols tournois (50 euros) sous le manteau.
Une foule de 1 200 manifestants, sans armes, sans stratégie, plus abattus que coléreux avec une violence non contenue proviennent des rues étroites et boueuses des faubourgs Saint Antoine et Saint Marcel encerclées par 20 000 gardes nationaux et 3 000 cavaliers.
Le mépris des institutions par le vote du décret du 02 germinal An III, qui interdit les insultes et les attroupements contre les députés mettent le feu aux manifestations du peuple et aux revendications des ouvriers.
Dés le 11 et le 12 germinal An III à 14 heures, les portes de la Convention Nationale sont forcées par une foule composée de femmes et d'enfants qui hurlent :
"Du pain ! ! !...du pain ! ! !" Suivi par des hommes qui crient : "La constitution de 1793 et du pain ! ! !"
Ces déclarations provoquent la suspension des délibérations.
Pour éviter l'oppression, les représentants du peuple menacés se sauvent à l'extérieur, la manifestation va durer jusqu'à 18 heures.
La nuit, les gardes nationaux dispersent la foule affamée sous l'éclairage des fenêtres du palais du Carrousel.
Paris est en état de siège au même moment du renouvellement du Comité National le 15 germinal An III.
Le nombre de ses membres passe de 12 à 16, malgré 3 sortants.
7 nouveaux membres sont introduits. François Aubry et le clerc de notaire Jean-Lambert Tallien parviennent à modifier le système.
Dans les Pyrénées-Orientales, la misère et la maladie minent l'équilibre fragile de la démocratie.
La semaine de 10 jours du calendrier républicain est mal acceptée puisque le dimanche, jour unique de repos n'existe plus.
Cette décision est critiquée, elle complique tous les événements célébrés ce jour là.
Les sardanes, les foires, les fêtes musicales au cœoeur des villages ou la jeunesse se retrouver sur les places n'ont plus lieu en raison de la pénurie et de la disette.
Dans les communes des incidents éclatent, suite aux acquisitions des droits sur les biens des émigrés, des querelles portant sur la vente aux grosses fortunes provoquent des divisions.
Les villageois réclament l'ouverture de leur église par les déclarations de type :
"Quand les églises étaient ouvertes, nous avions du pain".
La révocation de la loi Maximum provoque une crise de nourriture sans précédant, une situation financière et économique multipliant par 80 % les prix.
La contrebande, la complicité locale et la débrouillardise populaire deviennent les ressources du désespoir et de la survie.