Sources : "Manuscrit de L'An III". Agathon Jean-François Fain-Paris 1828-Ed.Arléa.


Le commandant en chef Dominique Pérignon après les fabuleuses victoires obtenues au commandement de ses troupes lors des combats du Mont-Roig, de Figueres, de la citadelle de Roses est évincé pour sa collaboration avec l'espionnage anglais et sa relation amoureuse avec Michelle Bonneuil connu sous le passeport "Adelaïde Rifflon".
Il retrouve un rôle de général subalterne dans l'attente de sa mutation.
Début mars 1795 sans enthousiasme, il accueille au QG au château de Sant Ferràn de Figueres, son remplaçant venant de l'Armée d'Italie, le général Barthelemy Scherer.
Le commandant Dominique Pérignon reçoit sa mutation, loin des Pyrénées, avec le titre de commandant en chef de l'Armée des Cotes de Brest et celle de Cherbourg avec la mission de le réunir sous seule unité.
Le commandant de la Catalogne José Urrutia profite de la trêve des combats pour reformer son organisation.
Le général épure de son Q.G; les officiers trop attentistes à ses ordres.
Il infuse un esprit combatif qui redonne la confiance et ranime l'ardeur de vaincre à ses hommes dans les bivouacs.
A 56 ans, José Urrutia est le digne successeur de Lluis Fermin Carvajal, comte De La Union qui est mort sur le massif Rogh.
Il fait parti du quartel des généraux Alejandro O'Reilly, Antonio Ricardos, Caro Ventura, Lluis Fermin Carvajal, Jeronimo-Giron Moctezuma, Juan Curten mis en disgrâce par la cour royale à la suite du désastreux débarquement d'Alger le 7 juillet 1775.
Prévenu par son Q.G de la mutation de Dominique Pérignon pour lequel il avoue avoir un profond respect, le général en chef de l'armée espagnole lui écrit une dernière fois.
En fonction des avancées des pourparlers de négociation, José Urrutia reçoit l'ordre de la cour royale de reprendre l'offensive et d'attaquer les troupes françaises à 15 km de Figueres entre les villages de Sant Père Pescador et de Bascára.
La ville de Bascára est lieu stratégique de replis avec son enceinte fortifiée contre les attaques françaises.
En 1125, son enceinte figure comme un élément essentiel de la chaine des fortifications de défenses d'invasion conçue par le comte de Bésalu formé par le collier des 11 châteaux d'Empurdá qui se termine à la mer.
Cette défense avec le progrès des armes est devenue obsolète. Elle ne protège plus contre l'envahisseur français.
La ville a subi de nombreux sièges.
Ceux de 1675 et de 1683 sont gravés dans la mémoire collective de la population.
La ville est traversée par la grande route des charrettes venant de France après la traversée de la ville de Figueres en direction de la ville de Gérone après 48 km de marche en assure sa protection.
Bascára est une ville d'étape hospitalière avec ces nombreuses auberges pour se rendre à Barcelone la capitale située à 110 km.
Bâtie au sommet d'une colline de 70 m, sur la rive droite du fleuve El Fluviá dans la province d'Alt Empurdá, elle est entourée des mas et des moulins sur la rive d'El Muga et assure la défense des villages de Vilademuls, Vilaur et Pontos.
C'est une possession stratégique sur la rive droite pour la protection de Gerona à 25 km où le pont médiéval évite la traversée de l'impraticable gué d'el Fluviá, ou les flots sont en furie.
La possession tactique de ce pont fait que le long plateau qui y conduit devient un champ de bataille sanglant, où des scènes de violents combats meurtriers jonchées de cadavres entremêlés au fond des crevasses.
A partir du 21 mars 1795, cette immense plaine est une scène de guerre où chaque armée se présente à tour de rôle pour vaincre l'adversaire et montrer sa supériorité afin de gagner le défi de la suprématie par la possession du pont de Bascára enjambant l'autre rive d'el Fluviá. Ces combats durent jusqu'au 06 mai 1795 par la victoire de l'Espagne.
Le commandant en chef José Urrutia et les ingénieurs militaires de son armée construisent un autre pont en bois sur pilotis devant Bascára sur el Fluviá.
Cette fabrication rapide en rondins permet à l'Etat-Major d'assurer sa protection et sa surveillance que par un seul poste d'observation qui en a fait un objectif fragile.
Ce pont est une provocation pour le général Pierre-François Augereau qui se rappelle sa défaite au pont de Céret le 01 novembre 1793 face à la division de José Urrutia.
Une construction que ne supporte pas les hommes du fougueux général Pierre-François Augereau établis à la droite de la ville Figueres à Cistella, sur les berges d'el Rissec qui n'ont qu'une obsession, détruire le pont en rondins.
Après la prise de la citadelle de Roses, Pierre-François Augereau affirme son intention à Dominique-Catherine Pérignon, son commandant en chef, d'attaquer les campements des troupes commandées par José Urrutia à Bascára.
Le 28 novembre 1794, José Urrutia prend le titre de 4eme commandant en chef de l'Armée de la Catalogne.
José Urrutia sait que la destruction de la citadelle de Roses est perçue par la cour royale comme un affaiblissement de son armée.
Pour négocier la paix avec la France, Manuel Godoy lui impose une armée plus conquérante pour ne pas être en infériorité militaire lors des interventions.
José Urrutia, chef de l'Armée se lance dans une double campagne contraire à l'étique des négociations de paix.
Reconquérir les régions occupées par l'armée française pour peser lors des négociations de paix.
Engager des pourparlers pacifiques avec le commandant en chef Catherine-Dominique Pérignon.
Le 21 mars 1795, les 3 brigades Davin-Léonard Duphot-Louis Beaufort fortes de 4 200 fantassins partent de Cistella.
Elles se présentent au poste espagnol de Llorona défendu par les somatents du curé Salgueda.
Le combat dure 3 heures.
Les somatents gagnent les assauts et obligent les troupes françaises à revenir dans leur camp.
Le 24 avril 1795, Pierre-François Augereau et ses 3 brigades se lancent pour détruire le pont de bois mais deux divisions de Juan Vives et Pedro Caro-Sureda se tiennent à Bascára prêtes au combat.
La bataille va durer 5 heures.
Face aux 2 bataillons espagnols de Pedro Caro Sureda et de Gregorio La Cuesta sous les ordres du général Gonzalo O' Farill à Cistella sur les hauteurs proches d'el Manol combattent les 1 500 fantassins aux ordres des généraux André-Guillaume Resnier De Goué et Louis-André Bon à l'abri des ruines du château de Calabuig et de celles de l'église de Sant Felliu.
Du 27 au 29 avril 1795, la cavalerie de l'aile droite aux ordres du général José Iturigaray au sommet de la colline de Ventalló lance ses cavaliers pour soutenir les 2 escadrons de hussards sous les ordres de Manuel-Mariano Aguirre-Landazuri qui combattent la division gauche française d'Etienne Charlet au bourg d'Armentera.
Ces combats incessants durent 3 jours sans interruption entre Sant Père Pescador et Ventallo continuent jusqu'au 6 mai 1795 avec la même intensité et de volonté de victoire.
Les combats de Bascára sont des victoires espagnoles.
A village d'Armentera, la division gauche de l'Armée des Pyrénées-Orientales est affaiblie, son commandant, Etienne Charlet est blessé.