Sources : "Critiques des textes sur Louis XVII de Philippe Delorme." En souvenir de Michel Jaboulay † 2007.


Le 23 prairial An III-09 juin 1795, Achille-Joseph Sevestre député d'Ille et Vilaine monte à la tribune de la Convention Nationale, annonce avec soulagement la mort officielle la veille à 14 h 15 de Louis XVII à la prison du Temple.
L'annonce de la mort de Louis XVII survient pendant les répressions de l'armée contre les émeutiers affamés de prairial, au moment où les derniers thermidoriens sont pourchassés et les journaux révolutionnaires sont muselés et interdits.
Pourtant de nombreux articles de presse décrivent la lente agonie et l'empoisonnement du prisonnier.
Certaines villes royalistes comme Rouen et Dreux publient des pétitions pour connaître la vérité.
La mort de Louis XVII débloque le processus des 3 traités de paix à Bale et elle dégage la Convention Nationale des dispositions de restitution des enfants de la prison du Temple.
Carlos IV et Louisa-Maria son épouse intransigeants sur le préambule de la restitution des enfants avant de signer la paix peuvent maintenant signer la paix.
Le 03 juillet 1793, Louis-Charles est enlevé à sa mère Marie-Antoinette, âgée de 38 ans, prématurément vieillie par son emprisonnement et son deuil.
Après l'accusation de Louis-Charles contre sa mère, les conventionnels ne savent pas quoi faire et décide d'abandonner Louis-Charles à une mort lente et misérable dans une isolation surveillée par 4 commissaires afin qu'il ne devienne pas une garantie d'échange.
Le 17 octobre 1793, Marie-Antoinette est exécutée avec beaucoup de dignité, elle n'ignore pas combien dérisoires sont ses chances de retrouver sa liberté.
L'isolement total imposé à Louis-Charles laisse planer le mystère sur son identité.
Est-ce bien le fils de Louis XVI, le prisonnier muet atteint de scrofule par manque d'hygiène que Barras se fait présenter le 10 thermidor An III.
L'enfant est amaigri, atteint de la gale aux genoux dans un état de santé qui ne cesse de se détériorer.
Le 18 janvier 1794, brutalement Louis XVII est retiré à Antoine Simon qui quitte son poste de précepteur et les lingères ne s'occupent plus de nettoyer son linge.
A cette date le dauphin est substitué, il est remplacé par un autre enfant muet enfermé dans un cachot infecte, sans lumière, sans aucun contact avec l'extérieur.
Le nouvel enfant prisonnier ne parle pas à ses nouveaux geôliers Jean-Jacques Laurent et Etienne Lasne qui eux ne connaissent pas du tout le dauphin et rendent plus crédible la substitution.
Le 6 mai 1795, le docteur Pierre Joseph Desault se présente à la prison du Temple et il réconforte l'enfant mais le praticien meurt subitement le 1er juin 1795.
Sa rapide mort confirme les interrogations de la substitution de l'enfant.
Le docteur Philippe-Jean Pelletan succède au docteur Pierre-Joseph Desault, il soigne les douleurs de l'enfant avec un traitement à base de drogue.
Le souhait de Jacques Hébert et de Pierre Chaumette d'éliminer le jeune roi Louis XVII trop dangereux pour la survie de la république se réalise.
Personne n'affirme avec certitude que rien n'est entreprit pour maintenir l'enfant en bonne santé et le préserver de son destin.
L'autopsie confirme la cause de sa mort est due à une tuberculose généralisée.
Philippe-Jean Pelletan, professeur d'anatomie emporte le cœoeur chez lui et le conserve dans un vase en cristal rempli d'alcool de vin dans sa bibliothèque parmi sa collection.
Philippe-Jean Pelletan, docteur jacobin sous la révolution, bonapartiste sous l'empereur, royaliste sous la restauration n'est pas un témoin crédible, il fait des témoignages et des déclarations contradictoires qui rendent la vérité difficile à comprendre.
Il n'apporte aucune preuve pour s'être emparé du cœoeur de l'enfant autopsié devant ses 3 confrères, Pierre Lassus, Jean-Baptiste Dumangin et Nicolas Jeanroy qui ferment le cercueil de Louis XVII.
Qui a vu Philippe-Jean Pelletan retirer le coeœur le 9 juin 1795 ?
Il affirme avoir fait des confidences à son confrère Pierre Lassus. Celui-ci décède sans rien dire, sans apporter de témoignage en 1807.
Personne ne retrouve le squelette du jeune roi jeté dans de la chaux dans la fosse commune.
En 1810, Philippe-Jean Pelletan parle de son secret à Jean Henri Tillos son élève qui lui dérobe la relique.
En avril 1814, l'étudiant en médecine avant de mourir de tuberculose rend l'urne contenant le coeœur du roi Louis XVII à Philippe-Jean Pelletan.
Philippe-Jean Pelletan cherche à contacter Louis XVIII pour lui restituer l'urne mais ne parvient pas à voir le roi.
Louis XVIII, harassé par des impostures et par des balivernes sur le sort de son neveu, il rejette Philippe-Jean Pelletan qui subit un affront.
La duchesse d'Angoulême Marie-Thérèse rencontre Philippe-Jean Pelletan aux Tuileries mais en dépit des preuves écrites, la duchesse n'accepte pas la précieuse relique contenant le cœoeur.
En 1828, Philippe-Jean Pelletan confie l'urne à Monseigneur Hyacinthe-Louis Quelen, archevêque de Paris qui doit la remettre à Charles X.
Au même moment, la révolution enflamme Paris et l'archevêque ne tient pas ses promesses.
Cette même année, l'historien Alcide-Hyacinthe Beauchesne interroge le gardien Etienne Lasne sur l'authenticité des dires de Philippe-Jean Pelletan.
Le gardien ne croit pas à l'authenticité du coeœur.
Il n'a jamais quitté des yeux le médecin lors de l'autopsie et il mentionne un fait nouveau, la présence de 3 commissaires Martin Darlot, Joseph Bigot et Jean Bouquet qui assistent à l'autopsie.
Philippe-Jean Pelletan ne fait nullement mention de ses observateurs.
Comment 8 témoins oculaires ne remarquent pas le retrait du coeœur du jeune roi ?
Avec un groupe d'émeutiers, l'imprimeur Bernard Lescroart pille l'archevêché, il s'empare de l'urne.
Bernard Lescroart retrouve 6 jours plus tard l'urne brisée.
Il restitue le cœur à Philippe-Gabriel Pelletan le fils, lui-même médecin.
En 1894, les restes de l'enfant enterrés au cimetière Sainte-Marguerite à Paris sont exhumés.
Les médecins confirment que l'enfant déterré a 4 ans de plus que Louis XVII.
En 1895,Edouard Dumont, héritier du fils Philippe Pelletan décédé en 1879, remet l'urne contenant le coeœur de Louis XVII à Carlos VII, duc de Madrid.
La relique est déposée dans la chapelle du château de Frohsdorf, près de Vienne en Autriche.
Le 22 juin 1895, la comtesse Wurmbrand châtelaine de Frohsdorf possède déjà l'urne identique, celle du frère ainé Louis-Joseph.
Frohsdorf décrit dans ces notes une urne similaire en cristal.
Les photos de l'époque montrent un organe très haut contre le couvercle et 15 morceaux de cristal de l'ancienne urne reposent au fond du vase.
En 1975, l'urne est échangée quand les petites-filles de Carlos VII cèdent l'urne du cœur au duc de Bauffremont, président du mémorial de France qui le place dans la basilique Saint-Denis.
En avril 2000, les photos publiées montrent la forme d'un cœur plus allongée qu'en 1895.
Sa position surprend, elle est plus basse dans l'urne mais surtout les 15 morceaux de cristal au fond de l'urne ont disparus.
Le cœur suspendu à un petit cylindre au couvercle tient par un fil en cuivre et non plus par un fil de fer comme en 1895.
L'urne a bien été ouverte, avec un passe-passe le cœur est changé.
En 2000, ce cœur sert à une analyse d'A.D.N effectuée par Jean Cassiman, directeur du Centre de génétique humaine de l'université catholique de Louvain qui dispose du code génétique de Marie-Antoinette.
Jean Cassiman et son équipe prélèvent 2 échantillons pour les analyser :
  • l'un à Louvain
  • l'autre à l'Institut de Médecine légale de Münster.

  • Les 2 résultats A.D.N. sont sans appel.
    Le cœur desséché de l'urne à Saint-Denis est bien celui de Louis XVII et les résultats A.D.N. confirment ses liens de parenté avec sa mère Marie-Antoinette.
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