A ma famille des Albères.
A mes amis des Aspres.
"...A la Vie"...
Aout 2014-Barnat Prats
Des fortes pluies diluviennes se sont abattues durant la période du 21 octobre 1793 au 16 novembre 1793, provoquant des terribles inondations qui ont décimé les campements de l'Armée de la Catalogne.
La montée des eaux en furie des affluents du Tech rendent inutilisables les redoutes espagnoles dans la vallée du Vallespir.
La violente tempête avec des déferlantes de 12 m ne permet pas aux renforts des navires portugais d'accoster à Collioure.
Après 15 jours au large dans l'attente d'une accalmie, les navires se sont dirigés au port de Roses en Espagne mieux protégé pour effectuer le débarquement des hommes et du matériel portugais.
Ces mauvaises conditions climatiques propagent une épidémie de typhus au cœur des villages des massifs des Albères décimant les habitants qui appellent à l'aide les services sanitaires français.
Ceux-ci refusent de porter secours à la population suite à leur collaboration avec les troupes espagnoles.
Cette épidémie de typhus est à l'origine de la contamination du commandant en chef espagnol Antonio Ricardos en partance pour la cour royale de Madrid afin d'obtenir des fonds et des instructions.
La situation de l'armée française :
Louis-Marie Turreau écrit une lettre de démission en raison de sa mésintelligence après le refus de sa nomination de commandant en chef avec ces mots :
"Je ne suis pas à la hauteur de la mission que vous m'aviez confier..".
Des propos inadmissibles, passibles de prison de la part d'un officier supérieur et non pas d'une nouvelle mutation en Vendée.
Jean-Baptiste Bouchotte nomme François-Amédée Doppet, chef de brigade de la légion des Allobroges à sa place et le ministre de la guerre lui ordonne de faire tomber les têtes des officiers de l'Etat-Major qui ont destitué Luc Siméon Dagobert et qui ont refusé la nomination de Louis-Marie Turreau.
Dès son arrivée de Toulon où il a commandé l'armée durant 4 jours, François-Amédée Doppet est élu président de la 2ème commission militaire la plus crapuleuse qui se tient à Perpignan.
François-Amédée Doppet se révèle un piètre commandant en chef, incapable de diriger un corps d'armée.
Il perd son temps dans des taches subalternes, à chercher des cartes géographiques, des plans et des instructions rédigées par ses prédécesseurs.
Le 22 frimaire An II-12 décembre 1793, sa carence à commander l'Armée des Pyrénées-Orientales se révèle au sein des forces de son armée par la perte importante du parc de son artillerie et de son stock de munitions à Villelongue dels Monts contre le chef espagnol Juan Curten.
Fou de rage de la perte de son armement, François-Amédée Doppet arrête Joseph Carbou, le maire de Saint Genis des Fontaines et ses collaborateurs qui ont pris les armes comme somatents.
Le 17 floréal An II, le maire Joseph Carbou sous le motif d'émigré est guillotiné sur la place de l'Esplanade à Perpignan.
Vilallonga dels Monts en catalan, tire son nom de la rivière Vilallonga qui traverse le village alimentée en eau par le torrent Tanyari qui prend sa source à l'Est au col Sant Joan après avoir coulé par une forte dénivellation jusqu'aux confluents des rivières el Ribéra et el Roca.

La commune adossée au versant français du puig d'Oreillá-1 030 m-étire étroitement en longueur sur une colline de 117 m ses maisons accrochées à la paroi schisteuse escarpée du massif des Albères au pied du massif Saint Christophe qui se termine à l'Ouest à 15 km dans les profonds ravins de "La Illas" et de "Rome".
Vilallonga dels Monts est le territoire de la baronnie d'Oms, une célèbre famille de Templiers et des commandeurs du mas Deu, au cœur du domaine en ruine de la châtelaine Elisandre qui s'est dressée contre Philippe Le Hardi.
Située à 33 km au Sud-Est de la citadelle de Perpignan, le village est proche à l'Est d'une succession de vallons pentus et de ravins fertiles des communes de Laroque-des-Albères et de Sorède jusqu'à la confluence Nord de la rivière Tech.
En 1793, Villelongue dels Monts compte 278 habitants ralliés dès le début de l'invasion à l'occupation espagnole protégeant des destructions par les soldats républicains leur église saint Etienne, leur prieuré Santa Maria del Vilar construit par les augustins de Villabertran de Gerona qui sert de refuge aux pèlerins sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle.
Après l'échec militaire de la perte de son artillerie et de ses munitions, le Comité de Salut Public ordonne à François-Amédée Doppet le renvoi immédiat de la moitié de son effectif au siège de Toulon pour permettre une libération plus rapide du commandant Jacques Dugommier qui doit le remplacer.
François-Amédée Doppet demande un délai pour reprendre le parc d'armement aux troupes espagnoles avant de réduire son effectif et l'envoi de ses troupes.
Dans ses mémoires, François Doppet évite ce sujet humiliant et consternant de l'envoi de la moitié de son Armée au siège de Toulon, il écrit simplement :
"…que l'attente pour ramener l'artillerie de Villelongue dels Monts est due par un manque de réquisition de mulets et de chevaux…".
Ces solides relations au sein des membres du Comité du Salut Public sont efficaces puisqu'ils lui évitent son arrestation et surtout lui permettent d'emprisonner les officiers qui le discréditent.
François-Amédée Doppet reste inactif dans l'attente de la réponse du Comité de Salut Public.
Au même moment, le campement espagnol stockant l'armement s'est vidé par le départ des 7 000 fantassins de la division de Juan Curten.
La cavalerie d'Andalousie aux ordres de José Iturrigaray occupe à 12 km les remparts d'Argelès et les 900 fantassins bivouaquent entre les ravins des villages de Saint André et Palau de Vileclare.
La directive du Comité de Salut Public parvient et accepte la reprise de l'armement à 2 conditions :
  • Que l'offensive se produise durant cette même décade.
  • Que le général Eustache-Charles Daoust suspendu soit réintégré pour qu'il prenne pour la 4ème fois le commandement en chef de l'Armée provisoirement à la place de François Doppet.

L'État-Major sous le nom de code "Armement au bercail" met au point un plan d'attaque offensif par l'envoi de 2 colonnes et d'une avant-garde.
La 1ère colonne doit effectuer une diversion par le repli de ses hommes pour faire croire à la défaite.
La 2ème colonne renforcée par l'avant-garde doit percer les lignes ennemies pour s'emparer de l'armement et des munitions.
Le 18 décembre 1793-28 frimaire An II, la 2ème colonne de gauche part du village d'Elne.
Elle est composée des bataillons du Cantal, des Hautes-Alpes, du 2ème des Hautes-Pyrénées, du 4ème du Tarn, des dragons de Montauban et des chasseurs de Moissac aux ordres Eustache-Charles Daoust où s'incorporent François-Amédée Doppet à coté de Dominique Pérignon.

Après avoir pris la direction du gué au village d'Ortaffa pour traverser la rivière Tech, la 2ème colonne demeure bloquée par la submersion des eaux de la rivière sur les berges.
François Doppet ne peut pas continuer, il est malade et s'en retourne avec son escorte au village d'Elne.
Il convient avec le général Eustache Daoust qu'un signal lui soit adressé confirmant la traversée de la rivière Tech par les troupes.
La 2ème colonne gauche n'a qu'une issue.
Elle remonte en amont sur 3 km la berge gauche pour traverser le gué plus facile en face du village de Brouilla.
Ce passage de la rivière face au village de Brouilla est déterminant, il se trouve sous la surveillance et la protection des puissantes redoutes construites par les artilleurs d'Almansa et d'Algarbe.
A l'approche du gué, un combat intense d'artillerie avec les 3 compagnies de grenadiers sous les ordres du capitaine Antoine De Bréda se prolonge toute la journée.
Le 19 décembre 1793, la traversée de la rivière Tech par la 2ème colonne gauche s'est effectuée mais son avancée est indécise car le terrain est si accidenté, il ne se prête pas à ce genre d'action commando de récupération.
Les 2 rivières en crues coulent dans le dos des 2 ailes stoppant net tout repli prévu pour la dispersion des fantassins.
La colonne française établie son campement face au village de Saint Genis des Fontaines occupé par la compagnie d'artilleurs espagnols d'Alentejo aux ordres de Pedro Celestino Soares, un poste avancé de la division du marquis De Las Amarillas et de la compagnie d'infanterie d'Oporto aux ordres du brigadier Francisco Javier de Quesada.
L'avant-garde aux ordres de Pierre Sauret est restée sur la berge gauche à la conquête du plateau des Aspres avec les appuis des généraux Antoine Marbot, Anne-Charles Basset De Montaigu et du capitaine Jean Lannes appuyés par 300 cavaliers.
La cavalerie prend en revers les 4 batteries espagnoles de Pavia, de Juan Mauduit, Diego De Solo et Joaquim German.
A Saint Genis des Fontaines, dés 6 h, les combats sont d'une extrême violence.
La compagnie d'artilleurs d'Alentejo, avec l'appui de la compagnie d'infanterie d'Oporto en grande difficulté, leur chef le brigadier Francisco Javier de Quesada, comte de Donadio est blessé.
Pour soutenir les fantassins du comte de Donadio lui-même blessé, surgit sur la droite 150 cavaliers espagnols aux ordres du colonel De la Torres.
La cavalerie espagnole fait reculer les 3 compagnies d'artilleurs du capitaine Antoine Bréda accablées par la charge des fantassins se replient vers Palau de Vileclare, elles repassent la rive droite du Tech.
A ce moment les fantassins du comte del Donadio sont à cours de munitions, il craint pour ses arrières qui menacent l'avant-garde de Pierre Sauret. Il se repli vers Saint André.
Le colonel marquis De Las Torres, jeune officier est tué durant les combats.
Le 19 décembre 1793 à 23 h, part la 1ème colonne de droite du village d'Argelès aux ordres du commandant de la division Jean-Jacques Laterrade nommé depuis 15 jours formée par les bataillons d’Uzès, de Saint-Hyppolyte du Gard, de Pont-Saint-Esprit, d’Ales, de Béziers, des 6ème, 7ème et 9ème bataillons de l’Aude traversent la rive droite du Tech en crue au pont en bois du "mas Larrieu" proche d'Argelès.

Pour ne pas trop les alarmer, ils lâchent le village de Palau de Vileclare et réoccupent l'autre berge du Tech la position d'Ortaffa.
L'inquiétude est telle parmi les Espagnols qu'ils évacuent Villelongue à la tombée de la nuit
. Toute la rive gauche du Tech depuis les 2 bourgs des Trompettes jusqu'au village Argelès est libre.
Le 20 décembre 1793 à 5 h à l'aube, la 2ème colonne gauche n'est pas arrivée au lieu de rencontre.
Le général Eustache Daoust n'a pas averti le poste d'Elne de François Doppet de la traversée de la rivière.
L'Etat-Major français réalise que le plan stratégique décrit sur la carte doit être modifié car la crue intense des 3 rivières Soreda, Tanyari et Ribera a été sous estimée.
Ces rivières débordantes d'eaux longent des profonds vallons où coulent à gauche:

  • Le ruisseau Soreda qui descend du pic del Castagne (704m).
  • Le torrent "de la Roca" qui arrive du pic des 3 termes (1129m);
obligent la colonne à se disloquer par des mouvements tournant le dos aux torrents et ne peuvent pas battre en retraite pour attirer les espagnols vers le village de Saint André sans se noyer.
Le 21 décembre 1793, les 2 colonnes réussissent leur jonction à 6 h 30, le centre du camp est percé par les 2 brigades Jean Guieu et Pierre Banel.
Dominique Pérignon et Eustache-Charles Daoust livrent un combat interminable sans céder du terrain contre la division du marquis Las Amarillas avec à sa tête le brigadier Ildelfonso Arias venue en renfort face à Saint Genis des Fontaines.
Le 22 décembre 1793, les renforts du 7ème régiment de Champagne sous les ordres Pierre-François Sauret et de Charles Augereau dans l'avant-garde détruisent les 3 redoutes et déverrouillent la route permettant à la 79ème compagnie du général Antoine Marbot de récupérer l'armement des canons et les munitions perdus.
Le 23 décembre 1793, la victoire française est acquise et les retranchements sécurisés permettent l'évacuation des 19 canons difficiles à manœuvrer coincés aux creux des ravins.
François-Amédée Doppet en retrait au village d'Elne est exaspéré car il n'a pas été prévenu de l'issu des combats et ses hommes sans directive aux ordres de Dominique Pérignon qui assure leur repli.
Jean Lannes déploie tant de bravoure que les représentants Gaston et Cassanyes le nomment 7 jours plus tard chef de brigade.
Le tocsin de l'église de Villelongue dels monts sonne pour avertir les habitants du danger des combats.
Les artilleurs du 7ème régiment de Champagne aux ordres de Pierre Sauret descendent l'une des 2 cloches du clocher pour la faire fondre en boulets de canon dans l'arsenal..
Les archives départementales attestent que sur le bureau du Comité de Surveillance que préside Pons Pellisier tinte une cloche de l'église de Villelongue dels monts...Est-ce la même ?
François-Amédée Doppet sauve sa peau de la guillotine en dénonçant par un courrier calomniateur au Comité de Sécurité Générale la négligence des généraux Louis-Pierre Delattre et Eustache-Charles Daoust et Jean-Philippe Gignoux De Vernède tous les 3 coupables de n'avoir pas prévenu l'offensive et d'avoir battu en retraite par lâcheté vers le campement de l'Union à Perpignan.
Ces arrestations ravivent les théories conspiratrices royalistes, brisent les soutiens et les protections aux officiers supérieurs par les 3 commissaires du peuple en place.
Come Fabre est tué durant l'offensive espagnole de Port-Vendres.
Raymond Gaston et Joseph Cassanyes trop complaisants se taisent et reçoivent ce jour un ordre de mutation pour l'Armée des Alpes.