Sources : "Sempre s'ha de dir el que tens a dins, no amagar-ho".
Professeur Joan Triadú i Font (1921-2010) Ecrivain, fondateur des écoles Thau à Barcelona et à Sant Gugot.
Traduite par : " Il faut dire ce que l'on a au plus profond de soi, ne pas le cacher."


Début aout 1793, le capitaine Arthus De Chalvosson arrive avec la 4ème compagnie du 2ème bataillon du 7ème régiment de Champagne au village de Mosset.
Sa double mission :
  • Bloquer à Mosset la progression des Espagnols vers l'Aude par la route de Montfort de boulzane.
  • Empêcher l'ennemi de faire main basse sur l'énorme cheptel d'ovins et de bovins que compte le village.

Le capitaine Arthus De Chalvosson convoque l'administrateur départemental François Rousset pour faire surveiller la route sinueuse avec ses profonds ravins entre les villages de Catllar et celui Molitg les bains.
François Rousset est un peureux, sans envergure, peu coopératif, il refuse avec le motif ahurissant en période guerre :
"…que cette surveillance aux avant-postes est trop dangereuse…"
Le 2ème bataillon du 7ème régiment de Champagne avec ses 238 fantassins et ses 65 artilleurs de la garde nationale prennent leur cantonnement au sommet du village dans le château de Mosset.
500 miquelets renforcent la compagnie.
Leurs campements s'établissent au Pla de Pons et sur les hauteurs du plateau de la "Teuleria" ( tuilerie artisanale).
Aucun de ses miquelets de montagne parlent le français seulement le catalan.
Ils considèrent ses militaires comme des gavatx, des étrangers à leur communauté, des gabelous occitans par extension : des Français.
Le gavatx se prononce "gabatcheu" . C'est un voisin venu par les crêtes occitanes du Nord du massif du Conflent ou des Fenouillèdes et des Corbières.
L'importance, la force et les conséquences du terme catalan "gavatx" est similaire au mot "goy" signifiant non juif exclu de la communauté juive, au rejet de "chrétien".
Les linguistes ne sont pas d'accord sur l'étymologie du mot espagnol "gavatxos".
Désigner de manière méprisante, "gavatx" est un mot injurieux, passible des tribunaux.
Le terme plus nuancé signifie : "L'étranger qui vient du Nord."
A l'origine le mot sert pour vitupérer les gardes huguenots de la gabelle = "qualifiés de voleurs français", une injure.
Rapidement, la traduction se décline : "à celui qui parle la langue française."
Les miquelets font partis des 800 volontaires qui durant le blocus de la forteresse Lagarde à Prats de Mollo.
Ces militaires ont fuit sur le Pla Guillem pour saboter l'aide des troupes française à la forteresse Lagarde.
Ceux sont les mêmes hommes qui incendient le village d'Eus.
Ceux qui abandonnent la forteresse de Villefranche le 4 août 1793 à l'Armée de la Catalogne.
A Mosset, le capitaine Arthus De Chalvosson et ses 238 fantassins sont prêts à la défense du village.
Les miquelets et les fantassins du régiment de Champagne ont travaillé durant ses 15 jours à mettre en place la défense du village.
Ils ont construit une redoute de 4 canons sur le versant Ouest du plateau del Teuleria qui surplombe le village, au dessus de la bergerie, proche du "cami ramader" le chemin de transhumance qui se dirige vers le village de Sournia.
La batterie à cet endroit possède une vue panoramique protégé par le ravin de Coma Gelada.
Elle joue un rôle défensif essentiel pour bombarder la route royale aux abords Est de Mosset d'où doivent déboucher les Espagnols arrivant du village de Catllar.
Le 16 aout 1793, du village de Prades 3 000 espagnols partent en 3 colonnes aux ordres du général José-Simón Crespo.
Le 17 aout 1793, le capitaine Arthus De Chalvosson et ses fantassins sont prêts à affronter la troupe espagnole.
Le capitaine place 6 grenadiers de sa compagnie à chaque porte.
Leur rôle est de saboter et retarder leur entrée dans le village de Mosset.
Brusquement le plan scélérat d'une conspiration de trahison par les miquelets français aux avant-postes acquis aux troupes espagnoles retourne la situation.
Leur fuite rapide bouleverse la stratégie d'attaque engagée par le capitaine Arthus De Chalvosson.
Cette dispersion express relève aux militaires du 2ème bataillon du régiment de Champagne que l'affrontement contre le régiment espagnol du général José-Simón Crespo est inutile.
La traitrise des miquelets français devient évidente quand les hommes s'emparent des 2 canons de la batterie du plateau du Tuilerie et retournent l'armement et font feu sur le village de Mosset faisant croire que ceux sont les militaires espagnols qui bombardent.
La perte des 2 canons et la fuite des miquelets français rendent illusoire la résistance.
En 20 minutes, le combat est plié.
Le capitaine Arthus De Chalvosson lucide arbore le drapeau blanc sur la muraille du château pour se rendre avec ses hommes.
Le capitaine et ses hommes ne sont pas des lâches, ils n'ont pas trahi .
Ces propos écrits sont erronés et pleins de perfidie fondés par l'administrateur poltron Roussel du village de Caudiès au pouvoir à François-Xavier Llucia.
Non, simplement le village catalan de Mosset sans affrontement est devenu en 20 mn espagnol.
L'appartenance au monde catalan joue un rôle fédératif.
Les miquelets embrigadés en 1793 sont persuadés qu'ils font la guerre au roi Bourbon d'Espagne descendant du destructeur de la Catalogne mais pas aux Espagnols d'Antonio Ricardos qui a placardé sur les murs :
"Que la cel és qui vol que torno a Espanya, el Rossello, el Navarra i la Cerdana."
De nos jours à Mosset "el serrat de las peces", la colline des canons est le symbole de ce revirement comme la destruction de l'arbre de la liberté au village de Millas commis par le juge de paix Domenech.
L'histoire n'est pas une science exacte car elle est guidée par ses convictions et parfois victime de ses propres interprétations.
Chaque habitant de Mosset commémore ce ramassis de tôles rouillées sur le plateau des Tuileries comme un monument historique .
Cet épilogue trahit la politique familiale est raconté :
  • Soit par la victoire des Espagnols.
  • Soit par la trahison du capitaine Arthus De Chalvosson.
Elle couvre le secret d'une fausse déclaration écrite par un administrateur départemental effrayé en fuite.
Qui est le capitaine Arthus De Chalvosson ? (phonétiquement Chalvasson)

Arthus-Alexandre De Viart De Chalvosson né le 17 aout 1764 à Cry.
Cry sur Armançon, un village bourguignon construit à cheval sur la rivière Armançon, un affluent de l'Yonne situé à 50 km au Sud-Est d'Auxerre et à 200 km à l'Est de Paris.
La branche royaliste De Viart De Chalvosson descend de la maison Jehan De Viart, originaire de Blois dans le val de Loire.
Seigneur en Anjou de Villebazin et de Mihaudouin, écuyer de Charles duc d'Orléans père de Louis XII.
Elle a la garde royal des domaines de la Beauce entre 1401 à 1413, elle a acquit le vidamé de Chalons en Champagne.
Jehan De Viart épouse Jehanne Sébille et meurt en 1418.
Le couple a 13 enfants : 8 fils et 5 filles.
Par les mariages, les acquisitions des seigneuries, les descendants De Chalvosson s'investissent et occupent d'importantes charges :
  • soit religieuses, aux titres de chanoines, de prieurs qui restent fidèles aux églises par leurs dons.
  • soit militaires aux titres de capitaines, de conseillers du roi, de gouverneurs et de baillis.

  • Ces charges éloignent la famille du berceau d'origine.
    Jacques De Viart (1499-1582) épouse en 1524 Françoise Phélyppeaux de la seigneurie De La Brosse.
    Il meurt en 1582 et est enterré dans le mausolée de ses descendants à Saint Solenne de Blois.
    Le couple a 20 enfants: 10 fils et 10 filles.
    Cette famille est à l'origine des 4 descendances :
  • La 2ème branche De Viart du Poitou donnent des officiers de marine à Rochefort.
  • La 3ème branche De Viart de la Beauce donne des officiers de la Royal Artillerie qui servent le roi.
  • La 4ème branche De Viart De Chalvosson, seigneurs obtiennent les honneurs des ducs de Bourgogne.

  • Claude fils ainé (1636-1709), seigneur d'Ancy le Serveux est lieutenant du régiment de Piémont, il épouse en 1662 Henriette De Gand (1662-1695) à l'origine de la branche de Viart De Chalvosson, veuve d'Antoine d'Esdouard.
    Son père Joachim De Gand châtelain d'Aignay possède le château de Chalvosson proche de Saint-Marc sur Seine, de Magny-Lambert et de Villaines en Duesmois.
    Le château de Chalvosson est restauré suite aux dommages occasionnés en 1359 par les anglais durant la guerre de 100 ans.
    La famille De Viart De Chalvosson s'établit successivement dans 3 châteaux qu'elle possède :
  • Mirebeau (sur Bèze).
  • Cry sur Armançon.
  • Quemigny sur Seine en 1662 où la famille a acquit le château à Origny qui se dresse sur la colline qui domine le chemin d'Aignay proche de Saint-Marc sur Seine, restauré en 1690 par le comte De Lomont.

  • Le château d'Origny est bâti au dessus du ruisseau "la Barterette" qui se jette dans la Seine.
    Il est ceinturé d'une enceinte flanquée de 7 tours entourée d'un fossé de 10 m de large rempli d'eau.
    De nos jours, 4 tours sont restaurés subsistent de l'enceinte.
    François-Joachim De Viart De Chalvosson (1664-1711) fils unique habite tantôt Chalvosson, tantôt Origny.
    Il épouse à Dijon en 1688, Claude Marguerite Euvrad.
    François-Joachim Viart De Chalvosson est un joueur et un dépensier.
    Ruiné par le jeu il vend à Jacques Fourniers le domaine du château de Quemigny sur Seine. Le couple a un fils :
    Claude-Marie De Viart De Chalvosson (1700-1786) né en 1700 au château de Quemigny sur Seine.
    Seigneur de Chalvosson. Gentilhomme, il siège aux états généraux de Bourgogne sous Louis V Joseph de Bourbon.
    Il épouse en 1724 à Cosne les Meulson, Anne d'Orsan, fille du baron d'Ornain, seigneur du Rozet demeurant à d'Origny sur Seine.
    Anne d'Orsan (1690-1751) veuve conserve le titre De Viart De Chalvosson qu'elle transmet à son fils, le père du capitaine Arthus De Chalvosson.
    Son père :Guy-Bernard Viart De Chalvosson (1725-1786) seigneur de Chalvosson assiste aux états généraux de Bourgogne. Il meurt en 1786 à Cry sur Armançon.
    Sa mère : Philiberte, Antoinette Pampelune, fille de Jean François De Pampelune seigneur de Genouilly, de Villiers les Hauts et de Mereuil se marie en 1760 au château du village d'Ancy le Franc.
    Ce mariage attire la famille De Viart De Chalvosson à Villiers-les-Hauts, puis à Cry-sur-Armançon dans la vallée de l'As à proximité du Serein et elle abandonne le bailliage de la Montagne.
    Le couple a 3 enfants :
  • La fille ainée Claire-Josèphe Deodale, née à Villiers les Hauts le 10 juin 1762 qui s'occupe des terres.
    Elle épouse en 1788 Claude De Ligny, capitaine du 29ème régiment d'infanterie de ligne.
  • Son frère cadet Claude Maurice né le 06 février 1766 élève à l'école royale militaire.
  • Le capitaine Arthus-Alexandre De Viart De Chalvosson né le 17 aout 1764 à Cry sur Armançon.

  • En 1777, Arthus-Alexandre De Viart De Chalvosson par son titre de noblesse entre comme page de la reine Marie-Antoinette.
    Il fait des études de droit à Dijon et étudie les mathématiques à l'école royale militaire des bénédictins de Saint Germain d'Auxerre, puis il est nommé sous-lieutenant de cavalerie dans le régiment royal Piémont qui devient le 79ème régiment du Boulonnais.
    En 1782, Arthus-Alexandre De Viart De Chalvosson sert sous les ordres du comte Antoine d'Avaray au siège de Gibraltar dans la guerre d'Indépendance des États-Unis contre l'Angleterre.
    A Gibraltar sous les ordres du duc de Crillon, il fait parti de l'attaque des barges insubmersibles au soutien du colonel espagnol comte De La Union le vainqueur du village de Céret.
    En 1790, Arthus-Alexandre De Viart De Chalvosson en garnison dans la forteresse de Strasbourg son régiment de Champagne est renommé 79ème d'Infanterie de ligne pour être détaché à Saint-Omer aux ordres du colonel Antoine d'Avaray.
    En avril 1791, le 2ème bataillon du régiment de Champagne quitte la garnison de Saint-Omer pour Cahors puis pour Dax où certains officiers abandonnent le régiment pour émigrer en Espagne.
    En juin 1791, le 1er bataillon en garnison à Dax se rend à Auch. Arthus-Alexandre De Viart De Chalvosson est nommé capitaine le 28 septembre 1792.
    En septembre 1792, le 1er bataillon se rend à Besançon maté l'insurrection du Comtat-Venaissin sous les ordres du général Montesquiou et se dirige vers Vienne pour prendre le comté de Savoie.
    En janvier 1793, le 79ème régiment de Champagne est en garnison dans la cité de Carcassonne et il devient le noyau central de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
    Le 1er aout 1793, le 79ème régiment d'infanterie de ligne est séparé en 2 bataillons :
    Chevalier noble maintenu au titre chevau-lèger de la garde du roi.
  • Le 1er bataillon du 79ème régiment d'infanterie Champagne aux ordres de Pierre Sauret se distingue :
    Sur les bords du Têt, à la bataille de Peyrestortes, le 17 septembre 1793,
    puis à la bataille de Trouillas le 22 septembre 1793,
    au combat de Corneilla le 31 aout 1793 sous les ordres du général Ramel.
  • Le 2ème bataillon du 79ème de Champagne disparaît complément.
    Son effectif est rayé de l'Armée des Pyrénées-Orientales car tous ses militaires et ses officiers sont prisonniers en Espagne.

    1. La 1ère compagnie du 2ème bataillon du 79ème de Champagne aux ordres du lieutenant-colonel Bois-Brulé à la défense de la forteresse de Bellegarde capitule le 24 juin 1793 après le siège.
      La 3ème compagnie du 2ème bataillon du 79ème de Champagne aux ordres du capitaine Lafraise au fort Lagarde à Prats de Mollo capitule le 06 juin 1793 et celle du Fort les Bains aux ordres du maréchal de camp Michel Daudies est prisonnière.
      La 4ème compagnie du 2ème bataillon du 79ème de Champagne à Mont-Louis aux ordres du maréchal de camp Peleink, le 31 juillet 1793 et celle qui défend la forteresse de Villefranche du Conflent est prisonnière.
      La 2ème compagnie du 2ème bataillon du 79ème de Champagne est prisonnière à Barcelona.
      Arthus De Chalvosson est emmenée captif dans un couvent de Barcelona où sont entassés déjà 30 officiers.
      Traités de contagieux, insultés de régicides, de pestiférés, les gradés sortent dans une cour de promenade réduite de 30 pas sur 15.
      Devant l'avancée de l'Armée des Pyrénées-Orientales à Roses en Espagne, les prisonniers dans un état déplorable, sans vetement, peu de nourriture sont transférés au cœur de la sierra Loja, un massif calcaire de la province de Grenada sur la route de Malaga dans la prison Riofrio entouré de marécages.

    Le 21 octobre 1795 avec le grade de capitaine, Arthus De Chalvosson très affaibli et amaigri est libéré après 798 jours de détention, il reçoit la croix de Saint-Louis.
    Arthus De Chalvosson durant sa captivité perd trop d'hommes et d'officiers, il abandonne sa carrière militaire et revient sur ses terres de Bourgogne à Ancy-le-Franc dans le département de l'Yonne chez sa mère.
    Il exerce à Ancy-le-Franc la fonction de juge de paix pendant 22 ans.
    Arthus De Chalvosson épouse le 16 février 1796 Marie-Anne-Aimée Magdeleine Lamarre, famille De La Rocheprise qui possède une dépendance au château de Quemigny-sur-Seine qui peut aujourd'hui être visité.
    Arthus De Chalvosson meurt le 17 mai 1838.
    De ce mariage né le 5 septembre 1799, un fils Édouard Viart De Chalvosson.
    La branche s'éteint au 19ème avec la mort de Germain Viart De Chalvosson, le dernier survivant.