L'An I du règne de Louis XVII démarre le 09 juillet 1793 par le soulèvement de Toulon qui ressemble étrangement à l'appel lancé par les notables catalans de Saint Laurent de Cerdans aux Espagnols à Figueres pour établir la royauté et la religion catholique dans le département des Pyrénées-Orientales.
Toulon, une ville de sang marin n'a qu'une seule fidélité : le roi.
Les rois ont fait Toulon et le port de guerre respire la royauté.
Chaque navire porte fièrement en haut de sa proue le drapeau royal bleu à fleur de lys d'or.
Henri IV est son père fondateur qui en 1595 concède les terrains bénéficiant d'une protection naturelle sur la cote rocheuse :
  • La montagne Faron (584m) au Nord comme un rempart, face à la mer.
  • Les iles d’Hyères et le bras de Giens, bloquant les vents dominant Sud-Est et la houle du large.
  • La presqu'ile Saint Mandrier reliée au cap Sicié par isthme des Sablettes forme un bassin d'accostage à l'abri du mistral soufflant au Nord-Est.

Louis XIV de l'aveu de toutes les nations fait de Toulon, le port de guerre le plus envieux du monde par ses défenses terrestres et maritimes
Le roi y construit la rade la plus puissante de la Méditerranée capable de contenir 60 vaisseaux et un arsenal qui arme 4 vaisseaux de guerre par an.
Louis XVI poursuit pour sa fameuse politique de la découverte du monde une marine disposant de 80 000 marins pour 212 navires =71 vaisseaux+64 frégates+45 corvettes+32 gabares.
Le port de Toulon est situé dans le triangle routier formé par Marseille à 70 km, Lyon à 380 km et Nice à 150 km.
Il possède une main d'œuvre pénale de 2 000 bagnards corvéables qui travaillent à l'édification d'un hôpital royal Saint-Louis, des magasins de stockage, d'un casernement, de longues jetées, d'un magasin pour cordage goudronné, d'une corderie, d'une étuve et d'une fonderie qui produit 500 canons par an.
Toulon et son arsenal sont inséparables en raison de leur complémentarité du développement maritime économique qui les lie.
Un corps nouveau : celui d'ingénieurs constructeurs de marine affirme ses enjeux stratégiques et marque son rôle de port-base d'opérations pour la flotte de guerre.
L'arsenal, le centre de la démocratie est la plus grosse entreprise par l'embauche de 4 000 marins et comprend un nombre important d'officiers aristocrates de naissance avec des prestigieux patronymes de noblesse qui voit par les décrets républicains s'éloigner leurs traditions.
L'Etat-Major de la flotte militaire recrute dans la marine marchande.
Le 09 juillet 1793 au cours de la réunion dans le couvent franciscain des Minimes, la population excédée des exactions jacobines du club Saint Jean remplace les 32 membres des sections municipales par un comité général fédéraliste girondin qui ouvre les prisons du fort La Malgue et libère 72 notables dont 25 capitaines de vaisseaux.
Le comité général de résistance a pour objectif le renversement de la Convention Nationale et l'établissement d'une nouvelle convention à Bourges mais leur sort est lié à la résistance des dissidents de Marseille qui sont rapidement massacrés.
Les officiers de marine avec leurs codes du savoir ne renient jamais leurs convictions, ils sont une force efficace, vitale.
Ils prennent le contrôle de Toulon avec des amiraux royalistes qui se connaissent bien, tous de la promotion de 1793.
Ces officiers ont combattu pour le royaume de France contre la marine anglaise durant la guerre d'Indépendance d'Amérique sous les ordres du comte de Charles d'Estaing ou en 1792 contre le roi de Sardaigne pendant l'expédition sous les ordres de l'escadre de l'amiral Laurent Truget.
Dans ce monde rude de la mer règne le respect des traditions d'honneur et d'entraide de l'autre.
Chaque matelot confie sa vie à un autre marin pour braver les tempêtes et il obéit à un système d'autorité des grades avec une sévère discipline aux mérites.
Le 21 aout 1793 à Marseille, débarque avec le pavillon parlementaire la frégate anglaise "La Némésis" du capitaine John Woodley sous le prétexte d'un échange de 59 prisonniers français.
Elle embarque une délégation avec à sa tête Jean-Joseph Abeille, capitaine de marine revêtu des pleins pouvoirs du comité général de résistance.
Cette délégation négocie le rétablissement de la monarchie au Sud de la nation avec l'amiral Samuel Hood sur le vaisseau "Victory" (100 canons) qui longe la côte avec 16 vaisseaux depuis le 15 juillet 1793.
Cette négociation avec le royaume d'Angleterre pour le rétablissement d'un régime monarchique s'est-elle trompée de siècle ?
Le 23 aout 1793, un engagement écrit sous la forme d'une déclaration est signé entre les membres du comité général et l'amiral de la flotte anglaise pour le rétablissement dans la paix d'un régime monarchique indépendant.
Cette déclaration remet sur le trône le jeune Louis XVII en contrepartie la ville de Toulon remet les clefs de ses forts, de ses rades et de ses bateaux à disposition des coalisés pour une protection durable.
Ces hommes ont-ils oublié qu'en 1707, cette même Royal Navy a bombardé Toulon ?

Faire de la flotte anglaise ennemie de la France : un allié. Est-ce un procédé illégal ?


Quand la Nouvelle-Angleterre s'insurge ne fait-elle pas appel pour s'affranchir au concours de la marine française et à son armée contre l'oppresseur anglais et son roi ?
La Catalogne n'a-t-elle pas fait appel durant la guerre de succession aux puissances maritimes d'Angleterre, des Pays-Bas et des Provinces Italiennes pour mettre sur le trône d'Espagne Charles Habsbourg II.
Ce choix malheureux lui a fait perdre en 1714 son autonomie, sa langue et 36 480 catalans ?
Une aubaine pour le royaume d'Angleterre en guerre depuis 6 mois contre la république de prendre sans se battre la possession de la rade imprenable et fortifiée de Toulon.
La famille royale espagnole dépositaire de la protection des enfants du Temple par la signature du pacte de famille Bourbon du 15 aout 1761 est enchantée du rétablissement de la monarchie en France par la mise sur le trône du jeune Louis XVII.
Le roi Carlos IV adopte favorablement la proposition anglaise malgré la politique critiquée et ruineuse de son ministre Manuel Godoy.
L'Angleterre accorde rapidement à l'Espagne pour ces nouvelles dépenses un prêt d'aide d'1 million de livres sterlings remboursables par la souscription des donateurs dont la liste est reproduite par la Gazette de Madrid de 1793.
Manuel Godoy 1er ministre espagnol s'entretien avec Antonio Ricardos, le chef de l'Armée de Catalogne qui voit dans l'occupation du port de Toulon un double intérêt stratégique :
  • Fixer les forces républicaines de l'Armée d'Italie pour reprendre la rade.
  • Retarder les renforts français en direction du front des Pyrénées-Orientales.

Le commandant espagnol Antonio Ricardos engagé au même moment dans la bataille contre la citadelle de Perpignan.
Il se trouve face au 5ème commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales Hilarion, Paul De Puget-Barbentane au courant depuis le 07 aout 1793 de l'embarquement des troupes espagnoles pour le soutien des coalisés.
Le général royaliste n'a qu'une unique stratégie :
L'abandon de Perpignan qu'il considère perdue.
Il se réfugie dans la forteresse de Salses pendant que les artilleurs de Pierre Banel bloquent l'avancée des espagnols au moulin à Orles sur les berges de la rivière Basse.
La restauration de la monarchie à Toulon connu au sein de l'Armée des Pyrénées-Orientales, provoque la désertion d'une section du bataillon de Vermandois aux cris de "Vive le roi Louis XVII" et "Vive la monarchie" rejoint l'Armée Royale de Catalogne.
Pour faire face a l'arrivée à Toulon de sir Gilbert Elliot comte De Minto, 42 ans, émissaire du roi George III, Manuel Godoy se résout à envoyer 2 aristocrates chargés des pleins pouvoirs pour la restauration de la monarchie :
  • Alejandro O'Reilly, 68 ans le capitaine général, irlandais catholique à puerto Santa Maria proche de Cadix.
  • José Ocaritz, 43 ans, l'ambassadeur d'Espagne à Paris qui a interféré officiellement afin d'obtenir la grâce du roi Louis XVI et a influencé les votes des girondins.
Aucun des 2 ne se rend à destination.
Juan Langara, 57 ans, né à la Corogne (Andalousie) est l'élu désigné par la cour royale espagnole. Sa sincérité est appréciée dans les négociations.
Il reste fidèle aux volontés de son père Carlos III contre la marine anglaise durant la guerre d'indépendance américaine.
L'amiral lève l'ancre avec sa flotte au port de Cadix pour mettre le cap sur Toulon au soutien du mouvement royaliste.
Au large du port de Collioure à bord de "Reina Lluisa" (112 canons) l'amiral apparaît sur la cote rocheuse à la tête de son escadre royale espagnole formée de 16 vaisseaux 5 frégates et des brigantins pour un regroupement avec la flotte venue de Carthagène aux ordres de l'amiral Federico-Carlos Gravina, 37 ans né à Palerme, commandant "El Mexicano"(120 canons) pour former une flottille de 34 navires.

Les lois républicaines autorisent-elles de s'affranchir ?


Le mouvement royaliste dépasse le département du Var puisqu'il est dirigé par les agents des princes émigrés au château de Hamm, en Westphalie.
6 mois après l'exécution de Louis XVI, les 2 frères du roi sont loin de s'entendre.
A la mort du roi, son frère cadet Louis-Stanislas comte de Provence (Louis XVIII) nomme comme 1er acte royal son frère benjamin Charles-Louis, comte d'Artois (Charles X) gérant du royaume avec le grade de lieutenant général.
Pour profiter de la fête du couronnement de son neveu Louis XVII âgé de 8 ans à Toulon, le comte d'Artois annonce son déplacement dans la rade.
Rapidement, Charles Marien Somers, espion de l'ambassadeur Granville Levenson, l'oncle de Pitt William, responsable du 4ème réseau financier d'espions aristocrates le dissuade.
Le comte d'Artois et l'évêque de Toulon enfin prêts se rendent à Naples pour s'embarquer à Livourne quand ils apprennent la chute de Toulon, ils se retirent à Vérone dans l'état de Venise.

Qui sont ces hommes qui se déchainent pour le rétablissement d'un régime monarchique ?


Thomas Lebret, baron d'Imbert 31 ans né à Marseille au Canet.
Amiral et commandant du vaisseau "Apollon"(74 canons).
Chef du mouvement royaliste.
Il proclame ouvertement le 23 aout 1793 aux habitants de Toulon que l'enfant du Temple, Louis XVII est roi de France .
C'est lui qui hisse le drapeau blanc à fleur de lys pour livrer la flotte à la Royal Navy.
Martin-Benoit De Chaussegros, 56 ans. Né à Toulon.
Contre-amiral dans la navale.
Commandant en chef de la marine et de la force navale.
Famille noble d'Acadie qui donne de nombreux ingénieurs militaires.
En 1780, avec le grade de capitaine de vaisseau se bat 2 fois contre l'escadre anglaise de Samuel Hood dans la baie de fort Royal et dans celle de Saint Christophe.
Rapatrié du Québec, il s'installe à Toulon.
Son implication le 12 juillet 1793 pour le rétablissement de la royauté est essentielle.
Sa longue patience politique d'isolement des jacobins entrainant les notables et les aristocrates à la tête de la ville est remarquable.
Sa signature s'impose sur tous les documents compromettants.
Son nom figure sur les actes du comité général et surtout sur l'engagement de la déclaration de céder Toulon.
Martin De Chaussegros est constamment au soutien des actions et en protection du comte Trogoff nommé de la même promotion de contre-amiral.
A la fin du soulèvement, il est dénoncé par le comité général et se déclare prisonnier de guerre de Samuel Hood qui le dépose à Gibraltar.
Il rejoint l'Angleterre où il est échangé comme prisonnier de guerre.
Retrouve sa liberté et est réhabilité le 26 juin 1798.
Joseph-Maurice Puissant De Molimont 53 ans. Fils érudit d'avocat.
Ordonnateur civil de la marine depuis avril 1793, très apprécié par son exceptionnelle intelligence pour diriger techniquement et pratiquement les services administratifs.
Dévoué à la fois à la réception des membres du comité central de l'arsenal et aux membres de la Société Populaire de Toulon.
Dans ses correspondances, il anticipe tous les évènements de manière favorable sans rien cacher des difficultés au ministre de la marine Jean D'Albarade même s'il dégage sa responsabilité.
Jean D'Albarade 52 ans, né à Biarritz.
Ministre de la marine et des colonies récemment nommé après la démission de Gaspard Monge.
Grand navigateur dans le sang, plus marin qu'homme de pouvoir.
Commande la frégate "L'Aigle"(74 canons) pendant la guerre d'Indépendance.
Pactise à Gènes avec les princes depuis le 15 juin 1793 par tous les moyens et suit toutes leurs directives des opérations.
Le 27 aout 1793, la flotte coalisée est en vue, la voie est libre pour sécuriser les navires et satisfaire le désir des royalistes et des notables de la ville.
Dans la rade s'installe, une double complicité maritime dans le rôle du protagoniste, proche des habitants républicains pour la résistance :
  • Jean-René Chambon De Saint Julien, 43 ans, contre-amiral.
    Capitaine du navire "Le commerce de Bordeaux" (74 canons).
    La confédération des officiers de marine mandate à une forte majorité le contre-amiral Chambon de Saint Julien pour bloquer l'entrée à la flotte coalisée en manœuvrant son vaisseau à la hauteur des 2 chaines fermant la rade et pour faire feu sur les batteries de la côte, sur les forts avec l'appui de 3 navires :
    "Le Thémistocle" (74 canons) du capitaine Duhamel, "L'Apollon" (74 canons) et "Le Généreux" (74 canons).
    Le contre-amiral ne prend aucune mesure, il ne fait pas le signal de branle bas de combat.
    Son inertie défensive profite aux coalisés qui renversent son autorité de commandement par un subterfuge de courtoisie à publier à bord des navires.
    Cette déclaration de générosité aux marins est présentée par le lieutenant Edouard Cook qui en échange de la mise en rade des vaisseaux français dans le bassin inférieur pour effectuer le mouillage de la flotte coalisée resteront fidèles à la république.
    A la fin du siège, l'amiral Chambon De Saint Julien se rapproche de l'armada anglaise qui le rejette et le remet à la flotte espagnole qui le débarque à Barcelone.
  • Jean-Honoré Kerlessy comte De Trogoff, 42 ans, né à Lanmeur (Finistère).
    Dans le rôle de l'antagoniste qui doit satisfaire les royalistes et les notables en laissant pénétrer les navires coalisés par la mise en place d'un signal convenu.
    Le 27 janvier 1793, nommé contre-amiral du vaisseau "Commerce de Marseille" (118 canons).
    Nouveau commandant en chef des forces navales méditerranéennes.
    Applique le traité d'alliance du 25 mai 1793 signé à Madrid, par le soutien maritime de la flotte de la coalition : d'Espagne, d'Angleterre, du Portugal, de Naples et du Piémont-Sardaigne.
    Soutien de famille, il participe dans la guerre d'Indépendance sur le brigantin "Victor" puis au commande du vaisseau "Duguay-Trouin", il prend part à l'expédition de Sardaigne avec l'escadre Laurent Truchet.
    Il reste fidèle au roi, n'émigre pas contrairement à la majorité des officiers de marine et il prête serment de fidélité à la nation pour maintenir ses appointements qui font vivre sa famille.
    L'amiral Jean Kerlessy invisible à la suite d'une crise de goutte, monte à bord devant l'arsenal sur la frégate "La Perle" (44 canons) du capitaine Van kempen et hisse son pavillon de commandeur pour faire tirer le coup de canon, signal de ralliement :
    5 navires obéissent au signal du mouillage dans la petite rade vers le Thémistocle.
    7 navires hésitent mais suivent l'exemple.
    Seuls 4 bâtiments restent dans la grande rade au signal d'attention :
    "Le Duguay-Trouin" capitaine Julien-Marie Cosmao.
    "Le Commerce de Marseille" commandé par l'équipage.
    "Le Tonnant" (80 canons) capitaine Jean Amielh dont les marins sont à terre.
    "Le Commerce de Bordeaux" vaisseau de Saint-Julien prend ses dispositions de départ et engage son équipage à gagner par terre l'armée républicaine.
    Hors la loi le 9 septembre 1793, il embarque dans son vaisseau le "Commerce de Marseille" pour se joindre à l'escadre anglaise et effectuer un mouillage sur l'ile Porto-Ferrajo où il meurt en mars 1794 d'une épidémie à bord de son navire dans la rade.

Joseph- Barthelemy De Rafelis comte De Broves 40 ans né à Anduze (Gard).
Commandant de l'armée navale. Contre-amiral en juillet 1793.
Interprète officiel du Q.G. espagnol auprès des officiers.
Famille aristocrate originaire d'Italie établi à Draguignan.
Son père député du Var, meurt au palais des Tuileries le 10 aout 1792 pour défendre la reine.
Capitaine de vaisseau sert dans l'armada espagnole de l'amiral Luis De Cordoba durant la guerre d'indépendance américaine pour affronter en octobre 1782 la Royal Navy au large du cap Espartel sur la cote marocaine.
Edouard-Thomas De Burges , comte De Missiessy, 37 ans, né à Toulon.
Vice-amiral en juillet 1793, famille originaire de Gerona en Catalogne.
Mousse à 10 ans puis garde-marin à 14 ans sur "Le Topaze".
Il étudie la géographie et les mathématiques pour devenir en 1777 enseigne sur le vaisseau sur "Le Vaillant" puis second sur "La Sultane".
En 1780, aux commandes de la frégate "La Surveillance", il participe contre la flotte anglaise à la guerre d'Indépendance Américaine.
En 1792 avec le grade de capitaine de vaisseau "Le Centaure" (74 canons) présent dans la rade ou l'amiral est emprisonné comme royaliste.
Le 28 Août 1793 Les 2 escadres pénètrent ensemble dans le port de Toulon.
L'amiral espagnol Juan De Langara en tête.
En double ligne à l'arrière garde, la flotte anglaise de Samuel Hood.
Les 2 flottes débarquent 13 000 fantassins.
Juan De Langara interprète du roi Carlos IV revendique le poste de 1er "commander"avec le pavillon bleu car il représente la branche Bourbon par son roi.
Samuel Hood lui refuse le titre de "commander' car lui est le négociateur du contrat d'engagement.
Vite, il désigne le colonel irlandais Henry Phipps comte De Mulgrave 38 ans qui organise la défense autour du port en débarquant les 1 700 Anglais, les 700 Sardes et les 2 100 Napolitains qui installent des redoutes pour rendre inaccessible l'attaque de leur flotte.
Les amiraux espagnols Federico-Carlos Gravina et Juan De Langara nomment le brigadier Domingo Izquierdo pour diriger les 3 000 Espagnols qui sont confinés par les Anglais à des positions mineures et dans une méfiance constante.
La population en folie reconnaît le dauphin né le 27 mars 1785 Louis-Charles sur le trône de France sous le nom de Louis XVII comme roi de France et de Navarre par son droit de naissance, par les dispositions des lois fondamentales du royaume, son frère ainé étant mort le 04 juin 1789.
Dans la joie, les notables jurent fidélité au jeune souverain pour l'An I de son règne, de rétablir la religion de nos pères dans la pureté du culte de l'ancre et de la croix, de la réintégration de la magistrature pour l'ordre public et la justice.
Le comité général tire 23 salves d'artillerie pour cautionner ce couronnement aux milieux des cris d'allégresses des habitants.
Les bourgeois de la ville répondent avec enthousiasme avec bonheur au succès de ce couronnement.
Les navires arborent fièrement le pavillon bleu carré barré d'une croix blanche avec les 3 lys d'or du roi de France.
Les royalistes espèrent que l'étendard de la royauté soit un signe fort de ralliement des départements du Midi.
Ces notables redoublent de zèle par leur activité pour que la cause royale soit un triomphe.
Le parti royaliste avec des cocardes blanches se manifeste par des actes officieux marqués par la croix de Saint Louis plus que des programmes.
La conservation du port et de sa flotte en vue de leur restitution aux Bourbons une fois la révolution mâtée sert les vues ultérieures d’alliance objectives aux 2 flottes.
Tous les notables de l'Hôtel de Ville prennent les citoyens à témoin de leur sincérité et des promesses faites par le retour aux idées religieuses fidèles aux cultes de leurs parents.
Un groupe d'enfants portant des fleurs au pasteur marchent en direction de la cathédrale dont le tocsin retentit à travers les rues de la ville.
Les aristocrates exilés reviennent dans leurs foyers pour profiter du triomphe du sacre du jeune roi conquis par cette liberté.
Au sommet du fort La Malgue et aux 2 Tours se dresse le drapeau blanc avec les lis d'or mis en place par une garnison royale composée de détachements étrangers venus d'Aix.
Dans la grande cour d'honneur du fort La Malgue entourée des 4 bastions, l'armée des coalisés reconnaît le dauphin Louis-Charles, duc de Normandie comme roi de France et de Navarre, sous le nom de Louis XVII.
Dans la rade, le scénario est différent, même contraire car les troupes anglaises se préoccupent d'eux-mêmes.
Ils hissent comme des vainqueurs l'Union Jack en haut des fortins.
Les anglais ne coopèrent pas au but commun du sacre de la royauté.
C’est une grosse illusion sur les intentions politiques et idéologies anglaises à l’égard de la France.
Du couronnement de Louis XVII, il n’en est plus question, leur seul unique but est de profiter des troubles royalistes pour songer à leur retraite en détruisant la marine française, en pillant les maisons et les arsenaux.
Le 7 septembre 1793 la Convention Nationale décrète que Jean-François Carteaux mérite de la patrie pour ses succès contre les fédéralistes marseillais le 25 aout 1793, le nomme général en chef de l’Armée pour combattre l'exaltation des royalistes de Toulon.
Jean-François Carteaux, 42 ans, né à Gouhenans (bassin houiller des Vosges) installe son Q.G. en bordure des gorges de la rivière Reppe au château Beausset sur la route royale qui relie Marseille à Toulon dans le village Ollioules situé à 10 km de la rade de Toulon.
Elevé comme enfant de troupes dans les garnissons, il sert volontaire dans les régiments de Bourbonnais, de Penthièvre, puis de Saintonge.
Il est l'un des derniers chevaliers de Saint-Louis nommés par le roi Louis XVI.
Il reçoit par le général Jean-François De La Poype un renfort 6 000 fantassins de l’Armée d'Italie que renforcent 3 000 marins.
Le commissaire du peuple Antoine Saliceti impose à Jean-François Carteaux, le capitaine d'artillerie Napoléon Bonaparte qui s'aperçoit de la similitude topographie entre la fortification de la rade de Toulon et celle du port d'Ajaccio.
Napoléon Bonaparte déclare : " La clé pour reprendre Toulon est le fort Eguilette qui domine la flotte ennemie, pour lui interdire la passe des 2 rades et priver son ravitaillement par mer.
" Il faut prendre d'abord la colline fortifiée du Caire pour faire tomber le fort Eguilette."

Les hostilités du siège de Toulon se réduisent à 2 stratégies :
  • Les combats intermittents pour prendre les positions des redoutes, des forts.
  • Les échanges d’artilleries bruyants peu efficaces, inutiles par la distance séparant les batteries et les navires coalisés.

La 1ère étape est d’organiser l’artillerie dans un temps court pour créer à l'Ouest du fort les 2 batteries qui canonnent sans atteindre les navires coalisés "Sant Juan Nepomuceno" et "San Ildefonso" et du capitaine anglais John Gell "Saint George" (98 canon)s hors de leur portée dans les hauts fonds de la cote occidentale entretenant un contre-feu des batteries du régiment Chinchilla et des artilleurs de Majorque peu efficace à cause de leur angle de tir.
Jean-François Carteaux concentre ses troupes devant son objectif principal la prise du fort Est du mont Faron (584 m) défendu par 2 positions de 408 fantassins sur son côté oriental.
L'attaque lancée par 400 fantassins aux ordres du brigadier Henri Delaborde sur la colline du Caire, un promontoire stratégique de la pointe de l’Eguilette échoue.
Henry Phipps comte De Mulgrave et Domingo Izquierdo renforcent cette position avec 1er régiment de Malaga et le 2ème bataillon d'infanterie de Cordoue.
Durant octobre 1793, c'est la valse des renforts entre les 2 camps qui complète les hommes débarqués :
Soit 8 800 fantassins espagnols du 2e bataillon du régiment d'infanterie de Cordoue, 1er et 2e bataillon du régiment d'infanterie de Majorque, 1er régiment d'Hibernia, 1er régiment de Malaga, 2ème régiment suisse, des artilleurs marins du régiment de Chinchilla, des dragons du Roi et des grenadiers de Majorque.
  • 5 200 fantassins Piémont-Sardaigne soit 1 bataillon de grenadiers royaux, 2 compagnies de Savoie, 2 bataillons de chasseurs d'Aoste, de Lombardie aux ordres du brigadier Thaon de Revel.
  • 6 100 napolitains du prince Fabrizio Pignatelli.
  • 3 700 anglais du 2e bataillon Royal, Royal Irish, 11ème, 25ème, 30ème, 15ème, 69ème et 70ème régiments d'infanterie aux ordres du général Charles O’Hara, nouveau commandant de la garnison anglaise.

  • Le capitaine Napoléon Bonaparte est promu chef de bataillon au moment où arrive les renforts du brigadier général André Masséna.
    Jean-François Carteaux dispose à cet instant d'un effectif de 15 000 fantassins contre 9 800 soldats coalisés.
    Les Anglais se plaignent du contrôle incessant des Espagnols et leur reprochent l'accueil bienveillant aux membres du comité général, le manque d'efforts au désarmement des vaisseaux français, sur leur bonté, sur le grand intérêt que les officiers portent à la mise en place du jeune roi de France.
    Une violente dispute éclate sans aucun esprit de conciliation sur le pouvoir militaire quand le royaume espagnol nomme le vice-amiral Federico Carlos De Gravina commandant en chef des forces coalisées à Toulon car la majorité de l'infanterie est espagnole.
    Henry Phipps comte De Mulgrave refuse la décision prise par le gouvernement de Madrid sans confirmation de celui de Londres.
    Dans la rade, l'amiral Juan De Langara déclare que son autorité est égale à celle du lord Samuel Hood puisqu'il compte une vingtaine de vaisseaux espagnols contre une dizaine d'Anglais et il positionne son navire amiral "El Mexicano" et 2 autres vaisseaux à coté du navire amiral anglais "Victory" pour l'intimider.
    Sir Gilbert Elliot assiste aux manœuvres maritimes désigne l'amiral Samuel Hood pour conserver conjointement le commandement.
    L'amiral Samuel Hood disperse son escadre qui ne reçoit plus de renforts, il envoi ces navires à Malte, en Corse, en Tunisie, à Gênes.
    Le vice-amiral Samuel Hood ordonne l’embarquement de 5 000 prisonniers français à bord de 5 navires capturés pour les dérouter vers Bordeaux, bafouant la parole donnée au contre-amiral français Jean-Honoré Kerlessy, comte De Trogoff lors de la reddition de la flotte.
    L’insuffisante présence navale fait que les républicains se ravitaillent sans aucune difficulté depuis Avignon par le Rhône en victuailles et en armes.
    Le 6 novembre 1793, les représentants envoient dans l'Armée des Alpes, le commandant en chef Jean-François Carteaux et le remplacent par un médecin, le général Amédée Doppet, moins apte à commander.
    Son indécision échoue à une tentative surprise contre le fort Mulgrave.
    Conscient de son incompétence, le général Amédée Doppet est remplacé 3 semaines après par le général Jacques Dugommier, 65 ans qui convoque un conseil de guerre pour prendre le fort Eguilette.
    Avant la mise en œuvre de ce plan, arrive de Gibraltar le nouveau gouverneur militaire, le général Charles O’Hara, 53 ans, qui planifie une sortie du fort Malbousquet pour détruire une batterie républicaine.
    Cette attaque est la dernière opération conjointe réalisée car les coalisés, certains officiers sont prisonniers parmi eux le général Charles O'Hara.
    A ce moment les relations se détériorent sans action commune.
    Chaque contingent s'enferme dans les fortifications communiquant en cas de péril que par intermédiaires.
    Début décembre 1793 le général Jacques Dugommier a sous ses ordres 30 000 soldats et reçoit 8 000 fantassins qui arrivent de Lyon.
    L'effectif des coalisés est au même moment de 17 600 soldats :
    = 7 000 espagnols, 6 500 napolitains et sardes, 2 600 anglais et 1 500 royalistes français.
    La marine coalisée dispose de 20 bâtiments espagnols, 12 napolitains, 1 sarde, 6 anglais.
    Les embarcations républicaines ravitaillent les troupes sans que les vaisseaux coalisés ne s'y opposent, écartés des cotes occidentales du détroit pour ne pas être atteints, ils ne participent plus aux combats.
    Le 17 décembre 1793, sous les bombardements et la pluie battante, l’assaut final est donné par le général Jacques Dugommier avec 13 500 fantassins et cavaliers partis du village La Seyne à 2 km qui prennent la colline du Caire, le fort Mulgrave puis les forts Eguilette et Balaquier.
    La division du général Jean-François De La Poype avec Paul Barras de 4 500 soldats se déploient au Nord du Mont Faron et à l’Est de Toulon en 3 colonnes de demi-brigade aux ordres de Victor, Brule et Delaborde, une autre aux ordres d'André Masséna emporte la victoire de la montagne Faron.
    Par la chute du fort Mulgrave, le contre-amiral espagnol Federico Carlos Gravina blessé comprend que le siège est perdu et laisse de nuit le maréchal de camp Domingo Izquierdo commandant du secteur la charge de l’évacuation de la position en terrain découvert avec le soutien du colonel Lluis De Ariza.
    La position de la flotte coalisée n’est plus tenable.
    Le 18 décembre 1793, à midi à Toulon, tout s'accélère durant le dernier conseil de guerre.
    La lecture de 2 missives signées du vice-amiral Samuel Hood dévoile les conditions de son intervention devant les membres médusés du comité royaliste :
    • La 1ère lettre exige l'acquittement des prix des navires présents dans le port pour la mobilisation de la flotte coalisée.
      Le non-respect du paiement signifie la destruction immédiate des navires et du matériel de guerre.
    • La 2ème lettre ordonne l'embarquement au Sud-Est sur la plage du fort La Malgue des garnisons après l'enclouage des canons des bastions, des invalides puis des membres du comité. Les coalisés s'attribuent publiquement les navires capturés avant l'évacuation.

    Le 18 décembre dans la nuit, l’attaque française dans un brouillard froid en supériorité numérique enlève les postes des remparts et des accès occidentaux tenus par les artilleurs de Pavia aux ordres du général-colonel Andres De Torres.
    La retraite des soldats et les membres du comité général laissent 15 000 Toulonnais abandonnés.
    L'embarquement pris hâtivement par la flotte anglaise craignant la fermeture du goulet de la rade fait que les habitants égarés par la peur dans les rues et sur les quais sans point d'évacuation, sans officiers organisant se précipitent sur la plage à la recherche de canots qui les conduisent à bord des navires anglais pour être débarqués à La Valette ou à Gibraltar.
    Le régiment espagnol Hibernia commandé par Juan Hogan reste aux postes d’arrière-garde et couvre la retraite des unités du fort La Malgue.
    L'amiral Juan De Langara s’émeut du désespoir des habitants.
    Le commandant de la marine envoi des chaloupes pour que la population monte à bord des navires espagnols et, du vaisseau français "Commerce de Marseille" .
    Il sauve 7 500 personnes qui sont débarquées sur l’ile d’Elbe, en Corse ou en Toscane.
    Le pillage des magasins de l’arsenal est livré à une féroce répression dans un bruit assourdissant de bombes.
    C'est le chaos portuaire avec ses énormes flammes du stock de bois pour la construction des navires.
    La précipitation des troupes espagnoles lors de la mise à feu des frégates "L’Iris" et "Le Montréal" bourrées de poudre qui explosent dans un fracas épouvantable complique la mise à feu des navires par le capitaine William Sydney Smith 24 ans, dans la rade :
    9 vaisseaux, 3 frégates sont remorqués, 2 corvettes et 2 ateliers de construction navale :
    - Le vaisseau "Commerce de Marseille" 120 canons lancé 1 an avant.
    - "Le Héro " commandé par le bailli de Suffren.
    - "L’amiral Satan" terreur de l'Angleterre pendant la guerre d’indépendance américaine.
    A l’aube du 19 décembre 1793, les troupes de la Convention Nationale sont dans la ville et elles trouvent intactes dans le port 14 vaisseaux, 1 frégate et 2 corvettes.
    La répression coute la vie à des femmes et des enfants coupables d’avoir confié leurs vies aux puissances coalisées.
    1 000 Napolitains et Sardes sont faits prisonniers.
    L’objectif stratégique anglais est atteint à peu de frais.
    L’Espagne qui a confisqué 3 navires perd énormément d'argent dans cette campagne.
    Juan Gravina promu par Carlos IV au grade de vice-amiral gagne l’admiration des Toulonnais.
    Le 24 décembre 1793-(4 nivôse An II) la Convention Nationale décrète la suppression du nom de Toulon qui s'appelle Port-la-Montagne.
    Napoléon Bonaparte promu général de brigade prend la route pour l'Armée d'Italie et gagne l’admiration du député Paul Barras.
    Le Comité de Salut Public nomme le 27 décembre 1793, le général Jacques Dugommier 9ème commandant en chef de l'armée des Pyrénées orientales avec 12 000 soldats venus de Toulon afin de combattre les troupes espagnoles.